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Bernard CHAMPION
présentation

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Éléments d'Ethnographie Réunionnaise
Mots clés : Créolité Ancestralité Citoyenneté Départementalisation Patrimoine
Champs : Anthropologie du développement Anthropologie de l'image Patrimoine
Sociétés créoles Histoire postcoloniale Sociologie des institutions


1- Vingt ans après
2- Barreaux (en construction)
architecture créole
3- "Types de la Réunion" (en construction)
(don à la Société de Géographie du 6 novembre 1885)
4
- Ancestralité, communauté, citoyenneté :
les sociétés créoles dans la mondialisation (dossier pédagogique)
5- Madagascar-Réunion :
l'ancestralité (dossier pédagogique)
6- Ethnographie d'une institution postcoloniale...
7- Le grand Pan est-il mort ? :
hindouisme réunionnais, panthéisme, polythéisme et christianisme
8 - "La 'foi du souvenir' :
un modèle de la recherche identitaire en milieu créole ?

anthropologieenligne.com : unité de l’homme et diversité des cultures

introduction : éléments d'analyse
liste chronologique




Présentation thématique des documents produits

Plan de la page :

1°) Tour du propriétaire : quelques éléments de l'"état des lieux"
2°) Recrutement et développement des filières : les lois du cru
3°) Feuilles de chou et feuilles de tôle (illustration)
4°) Quelques échos du déterminisme sociologique...
5°) Du bon usage du principe d'autonomie des universités (illustration)

6°) La destination Réunion : sociologie du cadre enseignant (illustration)
7°) 2001 : Annus horribilis
8°) Le passif du passé : perspectives


Nota Bene : Les noms propres sont "anonymés" par la formule N0, N1, N2..., selon leur ordre d'apparition dans cette présentation. Le principe d'indexation unique (à l'exception d'un seul document où les "N" deviennent des "X"), a été retenu – on aurait pu appliquer le principe d'indexation aléatoire à chaque apparition d'un nom propre – dans le souci de manifester les constances et les parcours, les invariants et leur achèvement : l'avant-dernier document produit (doc) montre ainsi, par exemple, l'achèvement de ce qui est contenu virtuellement dans le premier (doc). La recherche de "lois" constituant l'objet de ce dossier.

1°) Tour du propriétaire : découverte de l'université de la Réunion

- 9 septembre 1992 : "Guide de rentrée" 1992-1993 : question au Président de l'université, [N0].
- 15 octobre 1992 : "Pôles d'excellence", au Président de l'université, [N1].
- 30 octobre 1992 : "Vous n'êtes pas sans ignorer"… lettre d'un HDR, [N2], aux responsables de départements de la Faculté, à l'appui de la création d'un poste de professeur (pour lui-même) et qui, visiblement, n'est pas sans ignorer que "n'être pas sans ignorer", c'est ignorer… (ou : que faut-il penser du QI et des performances linguistiques d'un sociolinguiste habilité à diriger les recherches (HDR) par l'université de la Réunion ?)
- 4 novembre 1992 : Réunion de rentrée : Réaction à "Vous n'êtes pas sans ignorer…"
- 5 novembre 1992 : Demande de consignation au procès-verbal de la réunion précédente à propos d'un reclassement par le "fait du prince" (le Doyen, [N3]) du poste de "Vous n'êtes pas sans ignorer", déclassé par le Conseil d'administration.
- 7 novembre 1992 : Un collègue qui "[fait] perdre sottement leur temps" aux enseignants-chercheurs... (O tempora, o mores !) : Lettre du Doyen, [N3], au personnel enseignant de la Faculté des Lettres.
- 16 novembre 1992 : "La di la fé" : Un Doyen qui est visiblement sans savoir que "courir les antichambres" est le contraire de : "faire antichambre" …
- 23 avril 1993 : Au Doyen [N3], "thèse V."
- 7 juillet 1993 : Au Président de l'université, [N1] : garantir la qualité des recrutements.
- 29 octobre 1993 : Au Doyen, [N3] : un "fonctionnement d'université néo-coloniale".
- JIR du 20 décembre 1993.

Affaire Maurice
- 8 mars 1994 : au Vice-président du Conseil scientifique, [N4].
- 1er août 1994 : à [N5], professeur à l'université de Maurice.

Affaire Travaux & Documents, revue de la Faculté des Lettres
(Dossier en instance, résumé dans "Censure", 30 octobre 1998)

2°)
Recrutement et développement des filières : les lois du cru

Affaire [N6]
Cette affaire est exemplaire des pressions qui peuvent s'exercer sur les commissions de recrutement par ceux qui ont déjà un pied dans la maison (les mêmes causes produisant les mêmes effets, un cas de figure identique, visé plus bas sous le titre Changement de section de [N22], se répète quelques années plus tard). Elle est aussi une illustration du droit de l'occupant au détriment de la compétence ou de l'adéquation avec le profil scientifique recherché. La règle obligeant à mettre publiquement au concours tout poste à pourvoir, la difficulté est tournée en définissant le profil du poste en cause de telle sorte que ce soit le candidat qu'on veut favoriser qui l'obtienne : il suffit de mettre son profil au concours… En l'espèce, ce ne sont pas les commissions de spécialistes qui recrutent, mais les Directeurs de département.
Les créations de poste et les profils ne doivent (ne devraient) évidemment pas être définis par leurs bénéficiaires, directs ou indirects, mais par les Conseils de Faculté et le Conseil scientifique, de conserve avec les Commissions de spécialistes (vice du système : ce sont les Directeurs de départements qui composent… les Commissions de spécialistes...).
- 17 novembre 1993 : Une ATER, [N6], qui "fait des ménages"...
- 1er juin 1994 : À [N6] (1).
- 24 juillet 1994 : À [N6] (2).
- 24 juillet 1994 : Au Président de l'université, [N1], à propos d'un Conseil d'Administration au cours duquel deux enseignants, [N3] et [N7], se sont étonnés que leur candidate ait été recalée.
- 10 septembre 1994 : Au Directeur du département de Sciences de l'éducation, [N8].

Projet de création de DEUG Sciences humaines : qui décide des orientations de l'université ?
Les propositions de formation doivent évidemment obéir à une logique pédagogique adaptée à la Réunion – et non aux profils de carrière. La formation aux Sciences humaines de l'université révèle une carence notable : il n'existe pas de formation initiale. Les étudiants réunionnais qui veulent s'inscrire en deuxième cycle doivent passer par une formation initiale en métropole. Les filières en cause sont donc généralement fermées aux étudiants réunionnais.
- 26 juin 1995 : Qui décide du développement ou de la création des filières à la Faculté ?
Création d'un diplôme de journalisme (?) à l'université par [N2]. Information relevée dans la presse locale.
(- Avis favorable de la Mission scientifique et technique du Ministère, DSPT 6 du 12 sept 1997. réf SHS/CR/LL/97 à la création du DEUG Sciences humaines.)
- Soutien de trois collègues de la Sorbonne à la création du DEUG Sciences humaines : lettre du 16 juin 1998 au Président de l'université, [N9].
- 28 septembre 1995 : Encadrement des mémoires de Maîtrise : où il apparaît que celui-là même, [N2], qui plaidait pour la création de son poste de professeur en argumentant que cette création était nécessaire à l'ouverture d'une Maîtrise demande à être déchargé de l'encadrement des Maîtrises...

3°) Feuilles de chou et feuilles de tôle (illustration)

Le niveau du DEA en question
-1er décembre 1995 : Opérer une sélection à l'entrée du DEA
- 8 décembre 1995 : Lettre à [N10], circonstances d'un mot historique (dont l'auteur, [N4], est devenu professeur, vice-président du Conseil scientifique de l'université et attributaire de la prime d'encadrement doctoral) : "On peut faire une excellente thèse de Lettres en ignorant que Stendhal est l'auteur de la Chartreuse de Parme"...

4°) Quelques échos du déterminisme sociologique...

En 1996, la Faculté des Lettres emménage sur le nouveau campus
Le pecking order va évidemment s'observer dans cette confrontation, ô combien symbolique, pour la répartition de l'espace. Les becs de première classe sont, bien entendu, au premier rang de ce partage des signes de la surface sociale.
- 3 mai 1996 : Surface sociale et pecking order
- 15 décembre 1996 : Pecking order (suite)

Nouvelle équipe décanale [N11] et [N12].
- 10 mai 1996 : Lettre au Doyen et au Vice-doyen, [N11] et [N12].
- 14 mai 1997 : Démission de [N11].
- 29 mai 1997 : Point sur la situation.

"Crise" à la Faculté des Lettres
Élection de [N8] à la fonction de Doyen de la Faculté des Lettres
- 9 juin 1997 : "Proposition".
Pas de candidat au poste de Doyen : une opportunité inespérée pour le "droit au sol".
- 25 juin 1997 : Profession de foi de [N9], candidat à la Présidence.
- Quotidien du 5 novembre 1997.
- 14 novembre 1997 : Au Courrier des lecteurs du Quotidien.
- Lettre d'un collègue, [N13], de la Faculté de Droit.

5°) Du bon usage du principe d'autonomie des universités

Le cas [N14] :
Exemplaire de l'exploitation optimale des conditions du milieu.
Tout commence par un différend sur l'utilisation des crédits de recherche :
- 16 décembre 1996 : Lettre à [N14] : Une mission de recherche doit être décidée collégialement.
- 22 juillet 1997 : Un collègue bridé par l'étroitesse de ses pairs...
- 12 septembre 1997 : Lettre à [N14], mise sur pied du CIRCI.
- 10 octobre 1997 : Demande d'habilitation du CIRCI : cette demande concerne la 20° section (et non la 70°).
- 15 octobre 1997 : Lettre au Doyen, [N8] : point sur la création du CIRCI (tentative d'ouvrir un centre de recherches sous la direction d'un enseignant de Bordeaux II), "Engagez-vous ! Rengagez-vous !...
"
- 13 octobre 1997 : Un bilan de la Faculté des Lettres où l'on a oublié l'Ethnologie...
- 30 octobre 1998 : Censure "20 ans après" + point sur la gestion N13.
- 1er février 1999 : Frais de publication de "20 ans d'anthropologie".

Une illustration de l'évaluation nationale
- 6 octobre 1998 : Lettre de Paul Ottino au Directeur de la Recherche
- 1er mai 1999 : À [N15] à propos de la visite [N15-N16], Visite programmée de l'Adjoint au Directeur de la Recherche au Ministère.

- 10 mai 1999 : À [N16], Visite programmée d'une collègue malgache.
- 28 mai 1999 : Réponse de [N16].
- 17 juin 1999 : À la mission parlementaire sur la recherche.

Liquidation du laboratoire d'Anthropologie
- 26 mai 2000 : Demande d'asile au CRLH.
- 26 septembre 2000 : Asile politique au CRLH.
- 7 mars 2001 : Déménagement des archives du CAG.
- 9 mars 2001 : "…Nous imposent de vous inviter à libérer les locaux…" lettre de [N8].
- 25 octobre 2001 : À [N18] : Où est le matériel du laboratoire d'Ethnologie ?

6°) La destination Réunion : sociologie du cadre enseignant (illustration)

[N19] : Comment on hérite d'un enseignant-chercheur qu'on n'a pas recruté
L'activité de l'enseignant-chercheur n'est évidemment pas détachable des conditions matérielles de son exercice et cette activité compose, comme toutes les autres, avec des contraintes qui peuvent peser sur le choix (quand choix il y a) de la destination Réunion. Ce sont ici des circonstances privées, à la faveur d'un rapatriement sanitaire d'une collègue qui devait retourner en métropole (d'une permutation de poste) que nous avons hérité de ce collègue de 16° section qui venait d'être recalé sur un poste de STAPS à la Réunion.
La documentation qui suit montre que, loin d'avoir été ostracisé, ce collègue non choisi a bénéficié de tous les moyens de travail qu'il a demandés. Le "retour sur investissement" se passe de commentaires.
- 10 juin 1995 : Lettre de bienvenue.
- 10 juin 1996 : Demande d'acquisition d'EEG.
- 5 mars 2000 : Bilan à l'occasion de la démission de [N19].
L'acquisition du matériel en cause (qui n'a jamais servi et qui est aujourd'hui en train de rouiller dans je ne sais quelle cave ou resserre, la liquidation du CAG a occasionné la dispersion de notre équipement : oui, je sais bien que l'histoire de la Faculté des Sciences est jalonnée de "perruques" – puisque c'est ainsi que cela s'appelle – autrement dispendieuses, mais là n'est pas la question) n'était évidemment pas uniquement destinée à satisfaire aux besoins urgents de ce seul collègue. Les recherches qu'il annonçait entreprendre s'intégraient dans un champ de recherche dont j'ai présenté quelques généralités dans le chapitre 18 du site <anthropologieenligne.com>. J'avais à cet égard, pour ma part, programmé un certain nombre d'expériences touchant à l'onde N400.

7°) 2001 : Annus horribilis

Départ de [N14] avec son poste
L'affaire peut-être la plus significative de cet environnement néo-colonial : un enseignant-chercheur qui emporte "dans sa valise" le poste sur lequel il a été recruté… (L'absence de réaction à cette affaire n'est pas moins significative.)
Un événement est toujours "surdéterminé". En l'espèce, concourent :
– Un "grand dessein" pour les Sciences de l'Education ;
– Le souhait de [N14] de réintégrer la métropole et le Bordelais, que les voies réglementaires de la mutation et du concours n'ont pas permis de satisfaire (bien que se présentant depuis plusieurs années à tous les postes à pourvoir) ;
– La négociation de quotas réunionnais au concours "PCEM 1" administré par Bordeaux 2.
- 29 mars 2001 : Le Conseil de Faculté autorise le départ de [N14] "avec son poste" à Bordeaux 2.
- 16 avril 2001 : Lettre aux Membres du Conseil de Faculté.
- 16 avril 2001 : Lettre aux Membres du Conseil d'Administration.
- 16 avril 2001 : Lettre au Président de l'université de Bordeaux 2.
- 20 avril 2001 : Au Directeur de l’Institut de Santé publique de Bordeaux 2.

- 28 avril 2001 : Lettre à [N20], de la Commission de spécialistes 20° section de Bordeaux ([N14] et la médecine…).
- 30 juin 2001 : Mail de [N21] : Relation du Conseil de Faculté qui a voté le départ de [N14] avec son poste et compte-rendu du Conseil d'administration ayant entériné cette décision.

Changement de section de [N22]
Dans l'institution postcoloniale, celui qui n'est pas capable de "faire son marché" n'est bien sûr qu'un naïf ou un idiot. Un collègue de la section d'Ethnologie [N22] aspire à devenir professeur. Pourquoi pas ? À l'université de la Réunion, comme dans l'armée mexicaine, il n'y a que des généraux. Cette perspective n'étant pas envisageable en 20° section, il suffit pour cela de changer de section et de créer un poste ad hoc. Qui a décidé de la création de ce poste et de la pertinence d'un tel changement de section ? L'intéressé, probablement. Je n'ai jamais eu connaissance d'une discussion sur l'opportunité pédagogique ou scientifique d'un tel plan. Malgré deux avis négatifs de la Commission de spécialistes de la 20° section, puisqu'il s'agit d'une perte sans compensation pour le département d'Ethnologie, le Président, [N9], le Doyen, [N8], et le Vice-président du Conseil scientifique, [N23] (celui qui est promis à la classe exceptionnelle) arrangent l'affaire et [N22] décroche, sans autre forme de procès, son changement de section.

La configuration finale de tout cela n'est pas sans intérêt, puisque, ayant obtenu son changement de section et un poste de professeur sur mesures pour lequel il était le seul candidat, le collègue en cause obtient en réalité deux postes. Quand il faut pourvoir le poste de Maître de Conférences qu'il vient de libérer en devenant professeur (ex 20° devenu 15°), en effet, il y a une candidate qui attend dans les coulisses. C'était le deuxième étage malin de ce propulseur gros doigts. Mais la commission de recrutement de la 15° section, composée d'universitaires intègres, fait son travail et ne classe la candidate en cause, bien que le poste ait été publié avec un profil qu'elle seule paraissait pouvoir satisfaire (c'est le Directeur de département – [N 22] en l’occurrence –, je l'ai dit plus haut, qui décide souverainement du profil recherché : on met au concours l'ADN du candidat pressenti pour être sûr que personne ne viendra lui disputer sérieusement le poste), qu'en… quatrième position ! Tout n'est pas perdu : il suffit d'une menace de recours devant le Tribunal administratif pour que nos autorités (le Conseil d'aministration, sur proposition de la vice-présidente), Courage fuyons ! refusent d'avaliser le classement opéré par la Commission de spécialistes. Dans une telle circonstance, le poste est normalement republié en septembre, à la deuxième session de recrutement. Mais non ! On affecte d'y renoncer et le poste n'est pas remis au concours. Est-ce faire preuve d'aventurisme spéculatif que d'imaginer une suite qui pourrait ressembler à ceci ? Les Commissions de spécialistes vont bientôt être renouvelées. Il suffirait (c'est une vue de l'esprit) de tailler une commission sur mesure, dans une section autre que la 15° section (dont les membres seraient scandalisés, bien sûr, par cette façon de faire, mais Grosjean comme devant), langues régionales, par exemple, ou de se mettre sous la protection bienveillante de la 70°... [C'est fait ! C.A. du 4 novembre 2004], pour relancer le bouchon, faire réapparaître le poste auquel on a feint de renoncer et empaqueter cette affaire si judicieusement accommodée et si malencontreusement – mais Dieu merci ! provisoirement – conclue…

Ce superbe doublé constitue un concentré des mœurs postcoloniales : arrangement de clientèle pour décrocher le poste de professeur convoité (créé aux mensurations du demandeur), arrangement domestique pour pourvoir le poste de maître de conférences libéré – le "droit au sol", la bonne conscience et la bonne foi de l'évidence justifiant le tout. Une sorte de philosophie et de forma mentis enveloppent en effet ces pratiques. De même que la fraude électorale était de tradition dans la "banlieue rouge" pour contrer le pouvoir bourgeois (le diagnostic n’est sans doute pas faux – le découpage électoral opéré par le Ministère de l'Intérieur est en mesure de peser sur les résultats, tel le "charcutage" Pasqua-Pandraud de 1986 qui a donné au PCF l'occasion d'une affiche célèbre – mais le remède est pour le moins inapproprié : en 1983, le Conseil d'Etat annule pour fraude les élections municipales à Antony, Aulnay-sous-Bois, Sarcelles, Villeneuve-Saint-Georges...), il paraît tout aussi moral, dans la culture de la réparation postcoloniale, de transgresser les règles comme autant vestiges d'oppression – sans avoir nécessairement conscience, d'ailleurs, et c'est en cela que réside le miracle de la naturalisation du droit, de violer quoi que ce soit. Bien entendu, de même que l'"ATER qui fait des ménages" – vide supra – prend le monde à témoin de l’injustice de son "absence de classement", maudissant le grain de sable qui a grippé le moteur de son ascension universitaire, la candidate maison n’est pas en reste… L’exemplarité de ce cas ne s’arrête pas là, ce doublé étant une manière de mille feuilles, en réalité. Croyant servir les intérêts de leurs obligés, les mandarins coloniaux – je fais ici référence à un notable parisien qui était déjà le sujet d'un document ici produit, daté du 23 avril 1993 – les desservent parfois. L’attribution des mentions de thèses, on le sait, est relative. Mais il est un point sur lequel les jurys ne composent pas, c’est l’évaluation scientifique, consignée dans le rapport de soutenance. Le président du jury, qui a la responsabilité de ce rapport, fait un "copier-coller" de ces évaluations pour produire le rapport final qui suivra (ou précèdera) le candidat dans les différentes étapes de sa carrière. La soutenance de thèse de notre candidate a donc fait apparaître que le président de son jury – cela crevait les yeux – n’avait pas lu sa thèse, ce qui n’est déjà pas mal, mais qu’il allait aussi se permettre d’expurger du rapport final les réserves (toutes relatives) émises par ses collègues sur la thèse en question. Cette thèse méritait mieux. Quoi qu’il en soit, quittant le point de vue de Sirius, où se fait idéalement l’évaluation scientifique, pour revenir à notre hauteur et à nos latitudes, si l’“ATER qui fait des ménages” est partie chercher fortune sous d’autres cieux postcoloniaux, il y a de bonnes chances de croire, spirale de Peter aidant et la bonne fée postcoloniale veillant au recrutement en cause, au succès prochain de ce plan de carrière maison.

- 30 avril 1997 : Devenir de l'ILA (à [N12]).
- 1er décembre 2000 : La commission de spécialistes rend un avis défavorable à la demande de [N22].
- 6 décembre 2000 : Lettre à [N22] sur la marche à suivre "dans l'honneur".
- 21 mars 2001 : Nouvel avis négatif.

"Fermeture provisoire" du département d'ethnologie
- 21 juin 2001 : "fermeture provisoire" du département d'Ethnologie votée par le Conseil de Faculté.
Derrière les plans de carrière et les arrangements domestiques ("chacun son marché…"), derrière le théâtre des apparences et les arrangements de couloir, les petites histoires font l'histoire. L'idée, c'est d'annexer l'enseignement de l'ethnologie (sous le label CIRCI-ILCOI – ex-ILA) à ce qu'il faut bien appeler, quel que soit le bien-fondé émotionnel et politique de tout cela, la soupe identitaire : confusion intellectuelle et roublardise alimentaire, une équivoque intéressée entre le droit au sol et la recherche. (J'ai tenté de définir le registre de ce bon droit qui fait échec au droit dans une communication faite à la séance inaugurale du colloque "Langues et Droit" à l'université de Paris X, en octobre 1998 - reproduite sur ce site : Éléments d'Anthropologie du Droit, chapitre 18.1). Il y a la caricature, Bokassa et Madame Ceaucescu, il y a aussi ces pseudo-savants, prophètes du vertige identitaire, dont Lyssenko est le modèle accompli. Alors que l'ethnologie est une science de l'ouverture dont le slogan pourrait être cette réflexion de Lichtenberg : "Le visage de l'homme est pour nous la province la plus passionnante de la terre", il est évident que lorsqu'on croit pouvoir en faire un outil politique, comme Lyssenko prétendait faire une génétique socialiste ou Marr une linguistique japhétique – alors même que la discipline peut être justement mobilisée au secours des cultures opprimées ou minorées pour réaffirmer l'égalité de toutes – on en retourne l'intention. L'ethnologie n'est certainement pas un outil de légitimation de l'égotisme identitaire. Son exercice est en effet conditionné par cette règle, rappelée par Claude Lévi-Strauss : "Pour se donner à toutes les sociétés, il faut se refuser au moins à une, la sienne". C'est exactement l'inverse des bons sentiments et du bon droit qui alimentent les pratiques ici décrites et la conception de l'ethnologie – qui est à l'ethnologie ce que la dînette est à la cuisine – de cette annexe du Comité du Tourisme Réunionnais qu'est supposé devenir le département d'Ethnologie. La critique de tout cela, la complaisance et l'ivresse du confinement, a fort bien été dite dans ce trait railleur du poète Guillevic, breton né à Carnac, à destination des égolâtres de l'identité : "Je m'aime, je m'aime"…

Point pour [N17]
- 1er juin 2001 : Situation du département d'Ethnologie.
- 6 juillet 2001 : Le "piège de la notabilité" : point général sur le développement de l'université (les trois époques…).

Élection d'un nouveau Président, [N24]
- 1er août 2002 : Lettre au nouveau Président, [N24] : point sur la situation du département d'Ethnologie.
- 1er novembre 2002 : Lettre à [N24] : Convention avec Montréal.
- 9 septembre 2002 : Demande de création de postes en Ethnologie (Faculté).
- 19 octobre 2002 : AG du 11 octobre : quelles priorités pour la Faculté des Lettres ?
- 10 décembre 2002 : LMD.
- 1er septembre 2003 : Demande de création de postes en Ethnologie (Faculté).

8°) Le passif du passé : perspectives

Quelles priorités pour la Faculté ?
Les discussions engagées pour la mise en place des LMD font apparaître crûment la configuration de la Faculté des Lettres, telle qu'elle résulte de la décade que je viens de présenter.
Deux disciplines annexes : Information-communication et Sciences de l'éducation entendent occuper, chacune pour leur part, un tiers de l'offre de formation – quand l'ensemble des disciplines fondamentales d'une Faculté de Lettres et Sciences humaines (Lettres, Langues, Histoire, Géographie, Sciences sociales) occuperait... le tiers restant. Ce rapport exprime :
- La "montée en puissance" des "métros pays" et
- L'entrée en force de l'économie sociale à l'université à la faveur de la création de la filière Sciences de l'éducation.
Les filières traditionnelles dont il est pourtant possible d'évaluer les résultats à l'aide de critères objectifs : réussite aux concours des étudiants, publications nationales de leurs enseignants-chercheurs sont réduites à la portion congrue.
Ce constat définit une ligne de partage évidente entre les disciplines (qui, si j'étais bureaucrate au Ministère – ce qu'à Dieu ne plaise –, me ferait proposer deux Mastères, ou Mentions, pour la Faculté des Lettres) :
- Il y a d'un côté les diplômes locaux, qui relèvent d'une logique de D. U. (même lorsqu'ils sont délivrés dans des filières nationales). Il s'agit essentiellement de formations dont la création et la didactique répondent à des réalités locales. Je fais, bien sûr, référence à la langue créole et aux problèmes spécifiques liés à la diglossie. Les Sciences de l'Éducation, l'ILA, le CAPES de Créole, le Français langue étrangère, Information-Communication, ainsi que le LCF et le CIRCI pour les laboratoires, tout cela forme un ensemble cohérent.
- Il y a, par ailleurs, les filières universitaires classiques, soumises à une évaluation et à une habilitation nationales.
La logique pédagogique imposerait, à l'inverse du rapport de force visé, soit de regrouper "Information-communication" et Sciences de l'éducation et de formuler une demande pour les disciplines traditionnelles au moins de cinq fois supérieure (en volume horaire) à ce regroupement, soit de demander, pour chacune des Licences délivrées, une mention propre.
Toute la question est de savoir si l'on veut faire de la Faculté des Lettres une institution de niveau national ou une manière de LEP...
Une autre menace pèse sur le devenir des Sciences humaines à l'université de la Réunion et montre, s'il était besoin, qu'il est bien impossible d'échapper au passif du passé. Il est fait état dans ce dossier du défaut de formation initiale en Sciences humaines à la Réunion et du projet de création d'un DEUG généraliste qui devait ouvrir aux trois Licences sans DEUG. Jusqu'à ce jour, la filière Sciences de l'éducation était opposée à cette ouverture – qui risquait de tarir le recrutement en Licence (cette filière est la seule à autoriser une entrée directe en Licence sur "acquis professionnels") ayant permis la "montée en puissance" (six créations de postes en quatre ans) de cette discipline. Il en va désormais autrement, puisque la constitution de la formule LMD, qui aurait dû faire apparaître la place ordinaire des Sciences de l'éducation dans une Faculté de Lettres et Sciences humaines devient, à la faveur de cette position dominante, un nouveau cheval de Troie dans le champ de la légitimité. Maintenant que les Sciences de l'éducation contrôlent, par le biais de la Commission de spécialistes (composée exclusivement de membres de la 70° section), le recrutement des enseignants de Sociologie et de Psychologie (l'Ethnologie a échappé in extremis à cette embrassade : une lettre de [N7], à laquelle j'ai répondu le 27 octobre 2001, demande à ce que la section d'Ethnologie intègre la commission de Sciences de l'Éducation), c'est tout le champ des Sciences humaines qui est concerné par cette déqualification programmée. Dans une telle configuration, les thésards, aussi nombreux que performants, de [N14] ou de [N19], clients éprouvés et déjà, pour certains d'entre eux, factotums de nos mandarins pays, auront toute opportunité pour faire valoir leurs talents. L'avenir de la recherche réunionnaise en sciences humaines s'annonce radieux... "Il suffit d'une année [annus horribilis, pour ne pas citer Her Most Ungracious Majesty] pour anéantir une structure de recherche, remarque un membre de l'association "Save British Science", il en faut vingt pour la reconstruire".



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