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anthropologie du droit
ethnographie malgache

présentation
3 Éléments d'Ethnographie Réunionnaise
Mots clés : Créolité Ancestralité Citoyenneté Départementalisation Patrimoine
Champs : Anthropologie du développement Anthropologie de l'image Patrimoine
Sociétés créoles Histoire postcoloniale Sociologie des institutions


1- Vingt ans après

2- Barreaux (en construction)
architecture créole

3- "Types de la Réunion" (en construction)
(don à la Société de Géographie du 6 novembre 1885)

4- Ancestralité, communauté, citoyenneté :
les sociétés créoles dans la mondialisation (dossier pédagogique)

5- Madagascar-Réunion :
l'ancestralité (dossier pédagogique)

6- Ethnographie d'une institution postcoloniale...


introduction : éléments d'analyse
présentation thématique
liste chronologique


La pierre de touche de l'évolution des mœurs à l'université de la Réunion tient dans la capacité de la structure à résister aux pressions de la proximité, droit au sol ou népotisme, et à faire valoir le crédit scientifique. Si la période visée a été marquée de manière caricaturale par les dérives du droit au sol – sanctionnées par les dernières élections universitaires – il est patent aujourd'hui que la LRU n'est pas en mesure de mettre un terme aux recrutements de complaisance – ce n'est d'ailleurs pas son objet – comme viennent de le prouver plusieurs recrutements à la FLSH, où plusieurs postes de titulaires ont été sacrifiés, sans que cela suscite discussion, pour permettre la promotion de proches... En effet, comme il n'y a (et il n'y aura) plus de création de postes à l'université, les promotions se font dans une sorte de Bourse d'échange où les vraies valeurs (à savoir les postes) peuvent être échangées contre des intérêts qui n'ont rien à voir avec les valeurs universitaires – les responsables de ce type d'opération étant ceux qui sont supposés défendre les intérêts matériels et moraux des disciplines en cause.
Les deux lettres qui suivent concernent des situations moins criantes, de celles qui prospèrent sur la pente ordinaire (descendante) des recrutements. La première illustre un court-circuit de la procédure d'évaluation, la seconde le succès, comme une lettre à la poste (c'est dire la qualité de l'environnement scientifique), d'une brigue de médiocrité et d'impudente malhonnêteté. Le sommeil de la raison engendre des monstres.

La LRU à l'épreuve de
l'évaluation scientifique...



Le 28 août 2009

à [N26]
Président de l’université de la Réunion


Sujet : L'“affaire N 27” est-elle une confirmation (parmi d'autres) de la perversité de la LRU ? À propos de la procédure de recrutement d'un ATER.



Monsieur le Président et Cher Collègue,


Quand [le Doyen de la FLSH] m'a appris, par mail, que le candidat sélectionné pour le poste d'ATER en Ethnologie que la Commission qu'il présidait (et auprès de laquelle j'avais rapporté) n'avait pas été retenu par le Conseil Scientifique et, qu'à l'inverse, celui qui avait été délibérément écarté (pour les raisons que je vais exposer plus bas) avait, lui, été recruté, je lui ai répondu d'une formule désabusée : “Plus ça change et plus c'est pareil !…”, marquant par là qu'on pouvait légitimement se croire revenu sous l'“Ancien régime” (celui de la liste concurrente), quand les manquements aux procédures de recrutement étaient quasi systématiques.

J'imagine que des tas de bonnes intentions sont à l'origine de cette inversion. Mais je me dois de dire la réalité des choses après m'être étonné que cette inversion de classement ait été effectuée sans aucune demande d'information supplémentaire auprès de la Commission de sélection ou sursis à statuer (ce qui aurait été une mesure de simple sagesse) et - je vais m'employer à le montrer - dans l'ignorance de la valeur réelle des candidats en cause.

Je connais bien N 27 et je l'apprécie pour son sérieux dans le suivi des étudiants. Il intervient depuis plusieurs années dans la formation au niveau du L3 dans son champ de spécialité : le christianisme à la Réunion. En tant que chercheur, sa qualification a été difficilement obtenue : à la troisième tentative et parce que j'y ai mis personnellement la main. Il a soutenu sa thèse sur le christianisme à la Réunion voici dix ans, mais n'a aucune publication de rang A à son actif. Ajouterais-je (moins sérieusement, car je n'ai pas de titre à faire valoir en l'espèce, même si j'ai étudié certains Pères de l'Église - Tertullien, centurion romain, Augustin, évêque berbère ou Bossuet prélat gallican) que ses connaissances en théologie me paraissent un peu courtes et qu'il ne connaît pas le latin (pas même le latin d'église - alors que l'incroyant que je suis sait encore répondre la messe en latin : pardon pour la vantardise) ?… C'est un donc un bon spécialiste de l'histoire religieuse locale et c'est à ce titre et dans ces limites qu'il intervient dans la formation.

Il s'est présenté cette année sur le poste de MCF en 73° section (profilé 73°- 20° : Langues régionales-Ethnologie) devant un Comité de recrutement dont je faisais partie. Je l'ai soutenu sans réserve contre la candidate qui a été retenue (dont je connais bien le dossier scientifique puisque j'avais rapporté sur sa candidature à la demande de l'EHESS : dans cette prestigieuse institution où tous les enseignants-chercheurs votent, cette candidate avait obtenu… une seule voix sur plus de cent votants.) Autant le recrutement de N 27 en 73° section avait quelque chance de se révéler utile, par défaut, de préférence à une candidate s'étant déjà présentée à tous les postes mis au concours en France et en Navarre, autant sa formation me paraît inadéquate quand c'est l'apprentissage de la diversité culturelle qui est au programme - et non plus, spécifiquement, l'histoire religieuse de la Réunion et la créolité. En un mot, N 27 est un appoint utile, mais certainement pas une pierre d'angle pour le département d'Ethnologie, discipline où la laïcité est constitutive. L'amitié que j'ai pour lui ne change évidemment rien à ce jugement.

N 28 [l candidat que la commission de recrutement avait sélectionné] est l'un de nos jeunes docteurs. Il a été qualifié en 20° section et en 73° section, “dans la foulée” de sa thèse. Il a 30 ans quand N 27 en a 50. Il a passé avec succès les concours de l'Éducation Nationale (CAPES, agrégation). Ses publications sont de haut niveau. Il a été, de surcroît, lauréat d'un prix national - et non d'un “prix pays” - (le Prix de la nouvelle francophone). En résumé : c'est un jeune et brillant Réunionnais qui vient d'essuyer une injustice criante. Son cas me rappelle celui d'un autre jeune Réunionnais, normalien et agrégé de Sociologie (il ne doit pas y en avoir des cents) qui était en thèse sous ma direction. Il a été ATER au département d'Ethnologie. Mais quand il a vu comment fonctionnait la FLSH (c'était l'“Ancien régime”), il a quitté l'institution et il enseigne aujourd'hui dans un Lycée de Sainte-Marie… Le choix de N 28, de préférence à N 27 est un choix commun et réfléchi : il a été arrêté en concertation avec [mon collègue] qui enseigne dans le département d'Ethnologie depuis qu'il est à la Réunion et qui est parfaitement au courant et des besoins du département et du potentiel de ce jeune chercheur et avec l'équipe décanale. C'est à ce titre et après une discussion approfondie avec les membres de la Commission de 23° section que le seul nom de N 28 a été proposé.

Je crois pouvoir reconstituer ainsi le scénario de ce recrutement hors norme, fruit inattendu de la dernière séance du Conseil scientifique du mois de juin :

Une collègue géographe qui a un compte personnel à régler avec le département de Géographie s'étonne qu'un recrutement en Ethnologie soit fait par des enseignants-chercheurs en Géographie [je me trouve être le seul titulaire en 20° section]. L'occasion est trop belle pour mettre en question la validité de ce recrutement. Mais cela ne suffit pas à expliquer comment le nom de N 27, qui n'était pas “dans le chapeau”, soit miraculeusement “sorti du chapeau”.

Je précise tout de suite (rapidement et en forçant le trait) que le « césarisme » en matière de sélection scientifique, je suis pour. Une plaie des universités françaises (j'ai fait un séjour dans une université américaine), c'est de mélanger les valeurs démocratiques et l'évaluation scientifique. Comment, en effet, le statut d'élu pourrait-il conférer la compétence scientifique ? “Césarisme”, oui, mais à condition qu'il soit éclairé. Il m'arrive d'intervenir dans le séminaire de mathématiques de l'ERMIT (dernièrement, une communication sur les graphes eulériens et les L-systems à propos de figures géométriques relevées en Inde du sud) et j'ai fait partie de la Commission de spécialistes de la discipline. Je n'ai évidemment pas compétence pour juger de la qualité scientifique des recrutements et je m'en suis toujours gardé, même quand les publications ou questions présentées par les candidats portaient sur des sujets qui ne m'étaient pas étrangers. Stephen Jay Gould, biologiste et historien des sciences réputé (http://www.anthropologieenligne.com/pages/18.4.html),
estimait dans un livre testament (Le Renard et le Hérisson) qu'il devrait être de règle pour le scientifique de s'interdire de juger hors du domaine de sa spécialité (contre-exemple notoire : un ancien ministre de l'Éducation Nationale, spécialiste de l'écorce terrestre et qui se croit fondé à vaticiner sur les évolutions du climat). Mais la LRU, dans l'idée de tirer les universités de l'impasse de la cogestion (c'était déjà la philosophie de ce ministre : “La cogestion avec les syndicats, c'est fini”) permet de passer outre à cette règle de bon sens. La certitude de faire une bonne action en redressant une sélection fautive (opérée par une Commission composée de géographes) étant confortée, en l'espèce, par le statut même de la personne recrutée, statut constituant une garantie a priori, au moins morale, de la qualité du recrutement.

Ce cas de figure mériterait une étude approfondie. N 27 n'est pas, en effet, un candidat comme les autres. Il est prêtre. Pour comprendre le caractère atypique de ce recrutement et suivre sa logique surréaliste (s'agissant de distinguer un scientifique), il faut en effet prendre en compte des considérants pour le moins extra-universitaires :
1°) le statut professionnel de N 27,
2°) ce que j'appellerais, faute de mieux, son profil psychologique ainsi que
3°) l'environnement religieux, le “dialogue inter-religieux”, lieu commun de la sociologie réunionnaise.
Et il faut considérer, enfin, comment ces éléments se composent pour produire le “miracle du chapeau” dont je viens de parler.

1°) Nous autres, simples mortels, créditons les hommes de Dieu d'une qualité morale que nous ne possédons pas. Les hommes d'Église, spécifiquement, on les suppose, par principe, meilleurs que nous. On leur donne, pour parler familièrement, le Bon Dieu sans confession (et certains méritent cette confiance). Qui n'est pas pétrifié, à tout le moins révérant, quand il a devant lui une sorte de fondé de pouvoir de la puissance d'en haut ? Autrement dit : auprès d'un tel candidat, un candidat ordinaire, comme N 28, qui n'a que des titres scientifiques à faire valoir et qui se présente selon les voies académiquement reconnues, sans campagne, sans brigue et sans auréole - et dont la discrétion est en relation avec la compétence - n'a guère de chance de prospérer.

2°) C'est là que le paramètre personnel est à prendre en compte et que s'impose le constat que tous les hommes, quelle que soit leur profession, sont des hommes. Le département d'Ethnologie vient d'organiser un colloque intitulé “Religions populaires et nouveaux syncrétismes”. N 27 ne figurait pas parmi les communicants. Mais il s'est publiquement et à plusieurs reprises fait remarquer - installé au plus haut sommet des travées de l'amphithéâtre dans lequel le colloque s'est tenu, quand moi j'étais assis au bas de marches pour parer à d'éventuels problèmes techniques - en reprenant, par exemple, un intervenant avec une telle outrecuidance que j'ai dû prendre le micro pour rappeler que nous étions ensemble pour échanger et non pour rabaisser ou porter des jugements de valeur. Il a récidivé (de manière un peu moins péremptoire) après la communication d'un collègue portant sur l'œuvre de théologiens d'origine indienne. L'université de la Réunion a mis au concours cette année un poste de Maître de conférences en Ethnologie. S'étant fait inviter au repas offert par l'organisation du colloque aux auteurs des communications, N 27 a clairement laissé entendre que le poste en cause était… pour lui. Il se trouve qu'il y avait à cette table deux collègues invités qui étaient, eux aussi, candidats à ce poste… Voilà (en résumé) pour le “coefficient psy”. Je ne juge évidemment pas et prends la diversité humaine pour ce qu'elle est. Comme le polymorphisme génétique, la variété des caractères a probablement une valeur évolutive. Il y a des modestes et il y a des “m'as-tu vu ?”. Cela ouvre le champ des possibilités adaptatives. Pour citer un vers de Racine : “Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés” et, en l'occurrence, il reste de la marge à N 27.

Cette arrogance - qui lui est assez coutumière - est-elle celle d'un homme saisi de la passion de convertir ? Je ne le crois même pas. Dans l'environnement actuel, cette disposition ferait d'ailleurs plutôt sourire et elle serait contre-productive. Si le nom de N 27 est sorti du chapeau (alors qu'il n'y était pas), c'est tout simplement parce qu'il a mené une campagne parallèle pour sa personne. Non pas, en effet, avec des publications scientifiques et des brevets de compétence, mais avec une haute opinion de sa valeur, non démentie par l'histoire laborieuse de sa qualification (entre autres déconvenues scientifiques), jouant de l'habit qu'il ne porte pas (pour parler comme Pierre Dac ou Francis Blanche) et des valeurs que cet habit est supposé représenter. Il se pose, m'a-t-on rapporté, comme le défenseur des intérêts du département d'Ethnologie. Au nom de quoi ? À quel titre ? Comme [le Doyen de la FLSH] le lui a fait remarquer : la FLSH ne l'a pas attendu pour engager la réhabilitation d'un département sinistré par deux mandatures de l'“Ancien régime”. De fait, il s'est déjà coulé dans le statut d'Attaché Temporaire avec un sérieux qui l'honore, certes, mais aussi avec un sens de la durée et de l'autorité quelque peu disproportionné eu égard aux preuves qu'il a données à la communauté scientifique, déplorant, par exemple, de ne pas pouvoir dispenser de cours en Master (au CRLHOI, cette fonction est dévolue aux HDR et aux agrégés)…

A sa décharge, je dirais, qu'il mélange les genres et que sa pratique paroissiale l'amène à confondre l'autorité morale du curé et l'humilité intellectuelle du chercheur (requise a fortiori en sciences humaines, où la preuve n'est jamais mathématique). L'autorité qu'il peut avoir auprès des gramounes et des dévots de la paroisse est évidemment sans fondement à l'université. Mais peut-on faire profession de conseiller, consoler, confesser, chapitrer - faire le père en un mot - puis, ce qui reste de temps, redevenir un paroissien ordinaire - un fils, c'est-à-dire un chercheur ? C'est bien pour cette raison que la règle de la plupart des ordres religieux impose l'humilité et la pauvreté et, afin d'éviter les dérapages qui procèdent du mélange du civil et du religieux, interdit à leurs membres l'engagement dans la cité. N 27 promène ainsi à l'université (probablement sans s'en rendre compte), sous couvert de décontraction branchée, un panaché de paternalisme et de crânerie ecclésiastiques à tout le moins assez peu universitaire. Un exemple banal : il arrive la semaine dernière dans mon bureau (sans frapper, bien sûr) et posant son sac me dit : “Il faut d'abord que j'aille saluer mes copines… ” Les “copines” en cause étant les secrétaires du BTCR qui ont assuré la mise en page d'un livre qu'il a publié. L'université n'est pas une aumônerie, et c'est bien parce que chacun s'y comporte de manière civile qu'elle reste un espace public de réflexion, d'échange et de recherche.

3°) Maintenant, le recrutement en cause se légitimant aussi, selon toute vraisemblance, par la grande idée du “dialogue inter-religieux”, un prêtre est-il à sa place dans le traitement anthropologique de cette question ? Oui, pour illustrer sa partie (mais il faut, alors, recruter aussi un imam, un rabbin, un pasteur et un poussari…). Non, s'il s'agit de comprendre le phénomène religieux comme tel. Pour se donner à toutes les sociétés il faut se refuser au moins à une : la sienne. On voit immédiatement à l'énoncé de ce précepte, rappelé par Lévi-Strauss, que s'il y a une profession qui disqualifie d'emblée pour le métier d'ethnologue (il y a, certes, quelques exceptions, les plus notables ayant abandonné l'habit), c'est celle de prêtre. On peut bien rapprocher les individus, mais c'est une illusion de croire qu'on peut rapprocher les théologies. C'est ce rappel de bon sens qu'a fait récemment Benoist XVI en affirmant sa conviction que tout dialogue entre les religions était "au sens strict" impossible, car il suppose de “mettre sa propre foi entre parenthèses”. Malgré les discours œcuméniques, les croyances théologiques, en effet, ne sont pas “négociables”. Elles peuvent d'autant moins l'être quand elle font l'objet des “mystères” de la foi. Si les adeptes des religions populaires, eux, font des emprunts sans difficulté (et pratiquent, à leur manière, le dialogue inter-religieux), c'est parce que le ressort de leurs croyances est psychologique, émotionnel, et non théologique.

J'ai eu l'occasion de dire à N 27 que j'estimais son recrutement moralement et scientifiquement illégitime et je comprends qu'un confesseur n'ait pas l'habitude qu'on lui parle sur ce ton, lui qui est professionnellement en position d'autorité morale. Il est bien difficile de nier l'évidence. C'est pourtant ce qu'il a commencé à faire en clamant son bon droit et voulant à toute force m'en convaincre, en faisant le siège de mon bureau à la manière que j'ai dite. Mais les faits sont les faits. Le théologien Pierre Damien (1007-1072) refusait même à Dieu la possibilité d'annuler ce qui a été… En somme, il a réussi à court-circuiter une Commission de recrutement, les enseignants du département d'Ethnologie et l'équipe décanale et il voudrait qu'on lui donne l'absolution !

Il adopte maintenant, comme il se doit, la position de défense de celui qui ne peut plus nier ce qui est flagrant : position qui consiste à se poser en victime. C'est un moyen, usé mais commun, de détourner l'attention et de se sortir d'une position indéfendable. S'il y a une victime dans l'affaire, ce n'est évidemment pas N 27, c'est N 28.

J'apprends aussi - pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? - qu'il brigue un poste de Maître de Conférences associé. C'était déjà ce qu'indiquait la réponse que m'a faite notre collègue VPCA, quand je lui ai demandé, en juin dernier, d'engager la procédure pour ouvrir le concours pour le poste d'ATER. Voici la réponse du VPCA à ma demande : “Sachant qu'un collègue CEV (N 27 [en toutes lettres]) intervient dans les filières en rapport avec la section depuis plusieurs années, une autre possibilité est de le recruter en tant que Maître de Conférences Associé (MCA)” (J'ai l'impression que quelqu'un est déjà passé par là !) Si mes souvenirs de droit administratif sont exacts, la question de savoir si un prêtre pouvait rentrer dans ce cadre a déjà été posée au Tribunal Administratif. La réponse a été négative : la liturgie ne s'enseigne en effet que dans les universités catholiques ou dans les universités où il y a une Faculté de théologie .

Ma conclusion rejoindra la remarque que j'ai faite au Doyen de la FLSH, celle de l'amertume d'un chercheur de base qui a soutenu la liste “Université solidaire” un peu plus que par sa simple voix d'électeur (“Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite”…) et qui voit l'équité encore une fois bafouée. Non plus, certes, pour satisfaire des intérêts locaux ou individuels, mais avec un résultat à peu près similaire. L'enfer des universités risque fort d'être pavé des bonnes intentions de la LRU (à supposer qu'elles existent) si celle-ci autorise les considérations subjectives ou émotionnelles, les bons sentiments, à prendre le pas sur l'objectivité des évaluations scientifiques.

Avec mes sentiments dévoués.


B. C.


Le 1° alinéa de l'article premier du décret du 17 juillet 1985 est remplacé par les dispositions suivantes (25 janvier 2002) :
“1° Justifier d'une expérience professionnelle directement en rapport avec la spécialité enseignée autre qu'une activité d'enseignement, d'au moins sept ans dans les neuf ans qui précèdent le 1er janvier de l'année du recrutement pour un maître de conférences associé et, d'au moins neuf ans dans les onze ans qui précèdent le 1er janvier de l'année du recrutement pour un professeur des universités associé.”

le 2 juin 2009

B.C.
Département d'Ethnologie

à

X
Président du Comité de recrutement
de 73° section

Objet : Poste n° 417 (73°-20° section)

Cher Collègue,

La messe étant dite - encore bravo pour l'organisation ! - quelques remarques.

Il ne t'a certainement pas échappé que le recrutement auquel j'ai participé pose quelques questions.

Je ne sais qui a profilé le poste en cause à la fois en 73° et en 20° section, mais cette double appartenance ne pouvait, me semble-t-il, qu'engendrer de la confusion.

Dès lors que seuls les collègues de 73° étaient compétents pour apprécier, en réalité, la pertinence du candidat qu'ils allaient coopter et qu'à considérer le profil du poste affiché, il était facile de reconnaître l'ADN de Y - comme l'ont fait remarquer plusieurs collègues de métropole -, toute réserve sur cette personne devenait une critique, non du candidat, mais de la manière dont les collègues de la 73° section gèrent leurs propres affaires, programment leurs enseignements, etc.

Il aurait évidemment été peu confraternel et, faute de la compétence adéquate, parfaitement déplacé de se livrer à une telle critique.

Il est d'ailleurs tout à fait possible que la candidate en cause soit un aigle en créolistique – j'ignore tout de cet aspect de son dossier. Considérant donc que la candidate retenue fait parfaitement l'affaire puisque, si j'ai bien compris, elle aurait été sollicitée pour ouvrir la formation dans laquelle elle va intervenir statutairement, je me dois quand même de dire - ce que je n'ai pas eu le loisir de faire - que je ne partage absolument pas l'appréciation de mon collègue suisse (qui appartient, lui aussi, à l'équivalent de la 20° section dans ce pays où on lave plus blanc). Deux remarques donc :

- Il est exact que Y n'était pas tenue de produire son rapport de soutenance de thèse (l'article 10 du décret du 15 septembre 2008 stipule que le candidat doit fournir : "une copie du rapport de soutenance du diplôme produit" – soit celui de l'HDR de complaisance qu'elle s'est concoctée et non celui de sa thèse : i. e. de ces jurys mixtes, ni chair ni poisson, où l'ethnologue pense par devers lui que la candidate a sans doute de bons arguments à faire valoir en créolistique – et le créoliste en ethnologie...). Cela s'appelle un effet d'aubaine, car le rapport de sa soutenance de thèse est loin de donner l'image du chercheur brillantissime brossée par mon collègue suisse. J'ai dit dans le mot que je t'ai remis comment j'avais été requis pour expertiser le dossier scientifique de la candidate quand elle s'est présentée à l'EHSS. L'essentiel de mon rapport a consisté à essayer de neutraliser les appréciations négatives contenues dans ce rapport. Sans succès, puisque Y n'a obtenu qu'une seule voix sur plus de cent votants, le jugement interne à l'EHSS – d'un futur directeur scientifique du CNRS – ayant été accablant (la version orale de cette appréciation défiant d'ailleurs la citation).

- Je sais bien qu'à la Réunion, nous sommes, comme le disaient les Leblond, « au sud, très au sud du monde ». Mais quand même… Il assez difficile d'« avaler » qu'une candidate qui s'est présentée, et ce plusieurs années consécutives, à tous les postes mis au concours en 20° section (et en 38° pour le CNRS) et dont la médiocrité n'a d'égale que l'absence de scrupules se révèle être un phœnix à la Réunion – certes en 73° section. Je suis surpris que ce qui crève les yeux - et qui n'est pas seulement perceptible « en filigramme » (sic) pour parler (à deux reprises) comme la candidate, qui a laissé dépasser plus d'une fois l'oreille de l'âne sous la peau du lion au cours de cette audition - ne soit pas accessible à mon collègue suisse. Un auteur connu pour ses travaux sur la génétique des populations vient d'écrire que l'anthropologie culturelle était une discipline moribonde aux Etats-Unis et dans un état végétatif en Europe (dans un ouvrage dont la langue originale est l'italien, Torino, 2004). Peut-être n'a-t-il pas tort…

Bien cordialement,

B. C.



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