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1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...” : 12
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
5- L“Âme du Mil”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue : les deux natures
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3

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I - 2.12 Pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”

Ces valeurs communes rappelées, il serait possible d’énoncer en vertu de quelle nécessité le sang de la circoncision “emporte la vie des rois”.

Alors que le double annuel du roi, qui meurt à la place du roi, est identifié à l’année (au cycle végétatif), la personne du roi serait donc associée à l’achèvement propre à la génération humaine qui se marque dans l’acquisition de la compétence matrimoniale. Un caractère de l’autorité ici examinée serait de survivre à l’année pour mener à terme les maturations de l’espèce. Une royauté annuelle signerait l’incapacité de l’institution à assurer le renouvellement des générations. Précisément, la durée du règne dans la royauté sacrée correspond, soit à un “mariage astronomique” coïncidence du calendrier solaire et du calendrier lunaire, soit au temps compris entre deux sessions initiatiques, ces deux cycles pouvant être synchrones, soit à l’aptitude physique du roi à assurer la conjonction des principes (ce sont ses femmes qui sont chargées d’observer les premiers signes de sa décrépitude - et, parfois, de l’étouffer : Au Dahomey, selon Dalzel (l793 : 12), “le roi donne des instructions à ses femmes pour l’étrangler, ce qui est immédiatement fait”). Le mariage est la forme et la mesure de cette souveraineté.

Dans l’histoire de Thésée, l’intronisation se présente comme un retour d’expédition initiatique qui provoque la mort d’Égée. Chez les Daka du Nigéria, d’après Frobenius (1925 : 51), l’intronisation est liée aux rites de sortie d’initiation. À propos des Moundang, voisins des Daka, Frobenius écrit que la circoncision “ne peut avoir lieu qu’à la mort du roi” et que celui-ci “doit mourir au terme de la septième ou huitième année de son règne” (Ibid. : 76). De manière peut-être plus explicite, il écrivait en 1913 (III : 138) que “la tradition limitait le règne du roi a sept ans” et que “l’annonce de la mort du roi donnait le signal des cérémonies de la circoncision des jeunes garçons” (les italiques sont nôtres). L’initiation est à la naissance biologique ce que la régénération rituelle de l’année est à la végétation naturelle qui s’achève dans la flétrissure et la mort. Réapproprier les catégories en purifiant la société des flétrissures physiques et morales et des dérèglements, c’est conjurer la mort de l’année et redonner vie aux germinations. La purification en quoi consiste l’initiation - séparer le masculin du féminin - permettrait de comprendre le roi, par l’effet d’une économie sommaire, comme celui qui “prend sur lui” et expulse l’impureté de la génération humaine.

Mais il faut rappeler ici une donnée fondamentale touchant au sacerdoce du roi et qui constitue un trait diacritique de la royauté sacrée en Afrique : la “féminité” rituelle du roi, associée à sa fonction de “matrice” du royaume et de garant de la fécondité, et qui peut être diversement signifiée (puisqu’on trouve des cas d’espèce où le roi est une femme qui assume une fonction “masculine” - e. g. Krige : 1943). Les Moundang expliquent, par exemple, que le roi a subi une initiation partielle qui a laissé subsister en lui une manière de féminité : “sans l’intervention des grands masques, ceux qui avalent le novice, le font passer par [la] mort initiatique qu’exige l’arrachement à toute féminité” (Adler, 1982 : 375). C’est au cours de ses funérailles que le roi est présenté aux masques qui symbolisent les clans du royaume. “Ainsi, ce dont le roi a été exclu comme prince [...] lui est en quelque sorte rendu au titre d’honneurs funéraires [...] Le roi n’est pleinement homme, c’est-à-dire glorifié par les masques qu’à sa mort” (Ibid. : 387). Il faut préciser aussi que les pratiques dont la dépouille royale fait l’objet ont pour propre un traitement différencié de la tête et du corps, ainsi que l’avait relevé Frobenius : le crâne, opérateur de la succession (on présente au fils le crâne de son père quand son tour est venu) et garant de la continuité dynastique devient relique tandis que le corps, soumis à une putréfaction accélérée (selon Adler), est jeté dans le fleuve et ainsi expulsé du royaume (Atlantis, V : 77).

Il suffirait alors d’effectuer, au sens arithmétique du terme, les données rapprochées pour apercevoir pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”, selon la formule que Frobenius rapporte des Daka. On dit chez les Daka (Frobenius, 1925 : 55) que “si la proclamation du règne avait lieu avant la sortie de l’initiation, il arriverait vraisemblablement que le roi mourrait pendant la fête de la circoncision”. Ce qui indique à coup sûr une concomitance entre la circoncision et la mort du roi, mais peut-être aussi une homologie entre les deux opérations - c’est assurément faire là une hypothèse et fonder sur des équivalences symboliques la nécessité d’un événement dont la réalité est discutée - homologie que la nature double du roi permet de préciser : quand le temps est venu de séparer le masculin du féminin (quand les produits de la génération humaine doivent être socialement définis dans leur sexe, initiés, circoncis), le temps est venu de séparer le masculin et le féminin dans la personne du roi, de le diviser tête et corps, de le mettre à mort.

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Plan du chapitre :

I - 2.01 Introduction
I - 2.02 Des rois agricoles
I - 2.03 La paille et le grain
I - 2.04 Apollon, dieu Septime
I - 2.05 Le scandale de la mort programmée du roi
I - 2.06 Thésée, chef d’initiation ?
I - 2.07 De la stérilité à la “panspermie”
I - 2.08 L’énigme du monstre
I - 2.09 Souveraineté de la distinction
I - 2.10 Climatérique de la souveraineté
I - 2.11 La roue du temps et la mise hors course du vieux roi
I - 2.12 Pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”
I - 2.13 Quand régicide et initiation sont un




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