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1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...” : 5
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
5- L“Âme du Mil”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue : les deux natures
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3

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I - 2.05 Le scandale de la mort programmée du roi

Qu’est-ce qu’un “roi sacré” ? Nous retiendrons ici pour seul critère le trait minimal suivant : “Un roi sacré est un personnage dont la souveraineté est programmée et qui est mis à mort quand son crédit est épuisé”. Et nous citerons deux textes anciens qui montrent bien que c’est le paradoxe d’une souveraineté dont le titulaire sera mis à mort – et le sachant – qui constitue le trait criant de l’institution. Cette mise à mort programmée du roi, quand Frazer en a révélé le concept, fit l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel sans nuage du positivisme politique. Comment peut-il exister une toute-puissance qui accepte un tel sort ? À quoi bon être roi, pour parler vulgairement, si on n’est même pas capable, au bout du compte, c’est le cas de le dire, de sauver sa peau ?

Ces deux textes anciens, respectivement de Strabon et de Diodore de Sicile, se rapportent à un royaume, que les géographes grecs désignaient sous le nom d’“Ile de Méroé”, considéré comme un centre de diffusion d’archétypes culturels en Afrique, notamment pour ce qui concerne l’institution royale.


“L’île de Méroé”

Au nord de Karthoum, sur la rive droite du Nil entre la cinquième et la sixième cataracte, Méroé fut la capitale du royaume de Couch. Flavius Josèphe décrit ainsi Méroé dans ses Antiquités judaïques (II, 10, 2) : “C’était une place extrêmement difficile à enlever : le Nil l’entourait d’un cercle ; d’autres fleuves, l’Astapos et l’Astaboras, rendaient l’attaque malaisée à ceux qui tentaient d’en franchir le cours. La ville se trouvant à l’intérieur est comme une île ; de fortes murailles l’enserrent et, contre les ennemis, elle a pour abri ses fleuves, ainsi que de grandes digues entre les remparts, de sorte qu’elle ne peut être inondée, si la crue vient à être trop violente ; et c’est ce qui rendait la ville imprenable même à ceux qui avaient passé ses fleuves.”


“À Méroé, aux temps anciens, le premier rang appartenait aux prêtres et telle était leur autorité qu’ils pouvaient dépêcher un messager au roi pour lui signifier qu’il devait mourir et céder la place à un autre, par eux choisi. Mais il advint qu’un roi abolit pour toujours cet usage. À la tête d’une troupe en armes, il assaillit le temple où se trouvait l’autel d’or et égorgea tous les prêtres.” (Strabon, Géographie, XVII, 2, 4)

“Les Éthiopiens ont des lois fort différentes de celles qui régissent les autres nations, en particulier pour ce qui regarde l’élection des rois. Les prêtres choisissent d’abord les membres les plus distingués de leur ordre et celui des prétendants qui, au cours d’un festin, est touché par l’image du dieu rituellement arborée pour la circonstance, est acclamé roi par le peuple. À cet instant, chacun se prosterne devant lui et cet homme est désormais adoré et vénéré tel un dieu, comme s’il tenait la souveraineté d’une providence divine. L’élu est soumis au régime prescrit par les lois et tenu de suivre, dans tout ce qu’il fait, les usages ancestraux. [...] Mais de toutes ces coutumes, la plus extraordinaire concerne la mort des rois. À Méroé, les prêtres chargés du culte divin exerçaient l’autorité la plus absolue. Ils pouvaient, si l’idée leur venait à l’esprit, envoyer un messager au roi pour lui ordonner de mourir. Ils déclaraient alors que telle était la volonté des dieux, manifestée par leurs oracles, et qu’il n’était pas permis à de simples mortels de s’opposer aux ordres des immortels. Ils faisaient entendre encore d’autres arguments qu’un esprit simple, élevé dans une tradition dont il ne peut s’affranchir et n’ayant rien à opposer à cet arbitraire, accueille avec crédulité. C’est ainsi que les prêtres, sans armes et sans violence, se firent obéir par les rois aussi longtemps qu’ils purent étouffer la raison de ces monarques sous des préjuges superstitieux. Mais, sous le règne du second des Ptolémées, Ergamène, roi des Éthiopiens, élevé à l’école des Grecs et instruit dans la philosophie, osa le premier, braver l’ordre qui lui était signifié. Prenant une résolution digne d’un roi, il pénétra avec ses soldats dans le sanctuaire du temple d’or des Éthiopiens, égorgea tous les prêtres et, ayant aboli cette coutume, il gouverna le pays à sa volonté.” (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 5, 5-6).

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Plan du chapitre :

I - 2.01 Introduction
I - 2.02 Des rois agricoles
I - 2.03 La paille et le grain
I - 2.04 Apollon, dieu Septime
I - 2.05 Le scandale de la mort programmée du roi
I - 2.06 Thésée, chef d’initiation ?
I - 2.07 De la stérilité à la “panspermie”
I - 2.08 L’énigme du monstre
I - 2.09 Souveraineté de la distinction
I - 2.10 Climatérique de la souveraineté
I - 2.11 La roue du temps et la mise hors course du vieux roi
I - 2.12 Pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”
I - 2.13 Quand régicide et initiation sont un





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