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1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...” : 10
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue : les deux natures
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3

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I - 2.10 Climatérique de la souveraineté

Pour les étudiants de L3 voir :
- la fiche pédagogique n° 13 : Les calendriers (accès ouvert).

La mort d’Egée tient dans le retour victorieux de son fils à la tête de la classe d’âge montante. C'est l'épisode célèbre de la méprise des voiles. Egée se précipite du haut du rocher d'où il scrutait le retour de son fils - qui devait connaître une mort identique - au terme d'une période de huit années.

Il s’agit là, Jeanmaire le rappelle, d’un cycle remarquable. D'après Homère (Odyssée : XIX, l78), “tous les neuf ans le souverain crétois prenait le grand Zeus pour confident” ; dans une conversation de familier, il venait se soumettre au jugement de son père, tandis que le peuple, “dans l'angoisse”, offrait des sacrifices. Selon Plutarque (Agis : 11, 4), à Sparte, “tous les neuf ans, les éphores choisissent une nuit pure et sans lune et s'asseyent en silence pour regarder le ciel. S'ils voient une étoile filer d'une partie du ciel vers une autre, ils jugent que leurs rois sont coupables envers la divinité et les suspendent tant qu'un oracle de Delphes ou d'Olympie ne vient pas innocenter les rois invalidés”. Le cycle octaétérique de 99 mois avec intercalation de 3 mois de 30 jours (soit 2922 jours) équivaut à 8 années solaires (99 lunaisons font 8 révolutions solaires) et réconcilie le cours du soleil qui commande les saisons et le cours de la lune qui “commande” notamment le cycle menstruel - le masculin et le féminin, l'ordre social et l'ordre naturel. C'est la “grande année”. La neuvième année serait le temps critique par excellence, celui de la restauration, de la recréation, de l'intronisation, d'une mort et d'une renaissance qui s'exprime dans la dissolution et la reconstitution du couple primordial.


Le calendrier grec a connu plusieurs transformations au point que les dieux eux-mêmes - si l'on en croit une remarque d’Aristophane dans les Nuées - ne s'y retrouvaient plus, trop confiants dans la régularité des hommes et attendant des fumées de sacrifice qui ne venaient pas (voir les plaintes de la lune à propos du nouveau calendrier adopté par Athènes et que les dieux, "frustrés d'un repas [rentrent] chez eux sans avoir rencontré la fête conformément au compte des jours" - v. 606 et s.). Le propos d'ajuster l'année lunaire et l'année solaire a ainsi reçu, du cycle triétérique au cycle de Callipe de Cyzique, plusieurs solutions. On peut donc imaginer l’élargissement d’un roi dans la position d’Ergamène (dans la relation de Diodore de Sicile) qui, à défaut d’avoir “appris la philosophie” - cette fois exercice de vie - serait en mesure de reculer l’échéance fatale en opposant une autre raison astronomique à ses astrologues-procureurs, faisant ainsi échec à cette “royauté arbitraire du temps” (Héraclite, frag. 52) qui tranche le fil de la vie des rois. Un tel cas de figure paraît exister chez les Gourmantché du Burkina où un roi conduit auprès d’un puits d’épreuve aurait refusé de se soumettre, alléguant qu’il “comptait avec le soleil” (d’après une communication orale de M. Michel Cartry, à l’énoncé de la présente hypothèse).
L’expression “grande année” a désigné des comptes extrêmement divers. Ce qui serait à rechercher ici, c’est une hypothétique corrélation entre une configuration astronomique cyclique, un scénario mythique qui la formalise ou l’explique et une théorie cosmique de la souveraineté. Idéalement, la “grande année”, période qui ramène toutes les planètes à un même point du ciel, deviendrait par là un modèle de régénération universelle. La question se pose de la configuration astronomique pouvant être retenue alors même qu’un compte, s’il s’agit de faire coïncider calendrier lunaire et calendrier solaire, peut remplir cet objet.
La terre et Vénus mettent respectivement 365 jours (environ) et 224 jours (terrestres) pour effectuer leurs orbites respectives autour du soleil. Lorsque la terre a effectué 8 tours, Vénus en a effectué 13. Au bout de huit ans les deux planètes se retrouvent dans la même configuration. Ce plus petit dénominateur commun pourrait avoir constitué la raison de la régularité en cause. (Les documents babyloniens appelés " Les tablettes de Vénus " qui datent du règne d’Ammizaduka, vers 1500 av. J.-C., contiennent des relevés couvrant 21 années d’observation continue de Vénus.)
On attendrait cependant un événement pouvant soutenir l’action type “Apollon tue le Dragon — le Héros vainc le Monstre”, propre à régénérer le monde et à engager un nouveau cycle (action dont on peut trouver des “imitations” dans les rites de solstice ou dans certains rites équinoxiaux). Dans le sens de la corrélation recherchée, on peut rappeler :
- que le complexe religieux minoen, le monstre taurin étant le but de l’expédition, évoque un panthéon astral “oriental” où les Grecs sont supposés avoir emprunté l’octaétéris ;
- que le nom du Minotaure (Taureau de Minos) aurait été “en réalité” Astérios, ce qui invite à reconnaître une valeur astrale à cet exploit qui met un terme au règne obscur d’un taureau monstrueux (un indice pourrait résider dans le fait que, jusqu’au deuxième millénaire, le soleil entrait dans la constellation du Taureau à l’équinoxe de printemps) ;
- que la qualification de la relation cyclique de Minos et de Zeus — Minos, “compagnon” de Zeus — peut évoquer une teknonymie stellaire...


La signification primitive des Jeux grecs (e. g. : F.M. Cornford in Jane Harrison, 1912) – dont la périodicité était alternativement de 49 et de 50 mois, ce qui compose un cycle de 99 mois correspondant au “mariage astronomique” – consistait dans la formation d'un couple constitué par le vainqueur d'une course (qui symbolisait le combat singulier entre Zeus et Cronos pour la souveraineté, origine des Jeux selon Pausanias - V, 7) et la plus rapide des Heræ (Pausanias, V, 16, 2) représentant le mariage du Soleil et de la Lune. La succession est cette restauration ou cette régénération qui a pour objet la maîtrise de la fécondité, l'engagement d'un nouveau cycle, le retour de la règle, la réconciliation des principes sous la loi du mariage. Elle est consécutive, comme le montre encore l'histoire de Pélops, ancêtre de Thésée, à une épreuve impossible dont le héros triomphe grâce au savoir initiatique.


En 1900, des pêcheurs déponge remontent de l'épave d'un navire romain, près de l'île d'Anticythère, des fragments d'un mécanisme en bronze portant des inscriptions qui permettent de le dater de la période comprise entre 150 et 100 avant notre ère.


Nature, 30 nov. 2006, p. 535

L'avant de l'appareil (reconstitué) porte deux cadrans représentant le calendrier égyptien et le zodiaque grec. À l'arrière, deux autres cadrans correspondent au cycle de Méton (période de 19ans, soit 235 lunaisons, au terme de laquelle les phases de la lune reviennent aux mêmes jours de l'année solaire) et au cycle dit de Saros, qui permet de prévoir le retour des éclipses lunaires et solaires. Un autre cadran présente quatre subdivisions où l'on peut lire le nom des principales épreuves panhelléniques : Olympia (Olympie), Pythia (Delphes), Nemea (Némée), Isthmia (Corinthe). Cet appareil, qui établit "une corrélation entre cycles humains et cycles célestes", révèle probablement, commentent les auteurs d'un article de Nature du 31 juillet 2008, la volonté de "mettre en harmonie l'ordre humain et l'ordre divin".

Face avant d'une réplique du mécanisme d'Anticyhtère
(Musée archéologique d'Athènes)


“Le roi de Pise, Œnomaos, avait une fille, Hippodamie, et, ou bien parce qu'il en était amoureux, comme certains le disent, ou bien parce qu'il avait reçu un oracle selon lequel il mourrait de la main de celui qui épouserait sa fille, personne ne la prenait pour femme. Il avait des armes et des chevaux qui lui avaient été donnés par Arès et il imposait aux prétendants une épreuve dont la main de sa fille était le prix. Le prétendant devait prendre Hippodamie sur son propre char et s’enfuir jusqu'à l'isthme de Corinthe. Œnomaos le poursuivait aussitôt, en armes, et le tuait s'il l'attrapait.” (Apollodore, II, 4)

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Plan du chapitre :

I - 2.01 Introduction
I - 2.02 Des rois agricoles
I - 2.03 La paille et le grain
I - 2.04 Apollon, dieu Septime
I - 2.05 Le scandale de la mort programmée du roi
I - 2.06 Thésée, chef d’initiation ?
I - 2.07 De la stérilité à la “panspermie”
I - 2.08 L’énigme du monstre
I - 2.09 Souveraineté de la distinction
I - 2.10 Climatérique de la souveraineté
I - 2.11 La roue du temps et la mise hors course du vieux roi
I - 2.12 Pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”
I - 2.13 Quand régicide et initiation sont un




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