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Copyleft : Bernard CHAMPION
1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...” : 8
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
5- L“Âme du Mil”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue : les deux natures
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3

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I - 2.08 L’énigme du monstre

Diverses histoires racontent en effet qu’à la suite d’un crime (le meurtre d’Androgée dans la geste de Thésée, de Cylon dans l’apologie de Cratinos) ou d’une faute (d’abord inconnue dans l’histoire d’Œdipe), un fléau s’abat sur la cité. Ce fléau consiste essentiellement en stérilités, dans le tarissement de la fécondité et des sources - des flux. Une même situation de loimós résulte encore de la présence, à proximité de la ville, d’un monstre, tapi dans la montagne voisine, qui dévore hommes et bêtes (ainsi le monstre de Delphes) ou qui a une appétence particulière pour les jeunes hommes (telle la Sphinge). L’existence d’un tel monstre est parfois la conséquence directe d’un meurtre originel : la Sphinge serait une résurgence du dragon d’Arès, ou liée au meurtre qui a provoqué le loimós : le Minotaure est le châtiment du meurtre d’Androgée. Le monstre apparaît alors comme l’opérateur du loimós. Ces histoires racontent aussi que, pour faire cesser la stérilité ou délivrer la ville, on prélève un tribut sur la jeunesse, tribut qu’on livre au monstre ou qu’on sacrifie et qu’un héros, au péril de sa vie, affronte et vainc la bête, délivre les jeunes gens après s’être offert en sacrifice à leur place. Le scénario de ce combat se présente souvent comme suit : le héros, rarement seul comme Œdipe face à la Sphinge, est, tel Thésée, à la tête du tribut livré au monstre, ou bien il accompagne un jeune homme offert en sacrifice. Qui sont ces “sacrifiés” et qui est ce sauveur ? Si les êtres offerts en sacrifice sont des jeunes gens, c’est, en réalité, qu’ils font problème et tel problème qu’en pâtissent la régularité de la nature et la fécondité des êtres. Le retour victorieux des adolescents correspond parfois explicitement, et ce n’est probablement pas une corrélation due au hasard, nous l’avons noté, au “temps de la récolte des premiers fruits” (Vie de Thésée, 23, 4), à la “fin de la stérilité” (22, 6). La cause de la stérilité, la désorganisation des cycles productifs (humains, animaux, végétaux), c’était donc bien “quelque chose” des adolescents.

Au temps où “Épiménide purifiait l’Attique par des sacrifices humains à cause d’anciennes souillures”, rapporte Athénée (XIII, 602 c-d), Cratinos, qui était un “bel adolescent”, s’offrit pour “purifier la terre qui l’avait nourri” ; à sa suite, “son éraste Aristodème fit de même”. Le sacrifice de Cratinos est vraisemblablement de même nature que celui des compagnons de Thésée, exposés au monstre et sauvés, et Aristodème tel le sauveur d’Alcyon dans l’histoire qui suit :


“Près des contreforts du Parnasse, raconte Nicandre (Antoninus Liberalis, VIII), il est une montagne voisine de Crisa que l’on appelle Cirphis. Sur cette montagne il y a encore de nos jours une grotte immense dans laquelle gîtait un monstre d’une taille prodigieuse. On l’appelait Lamia ou Sybaris. Ce monstre faisait des incursions quotidiennes dans les champs où il enlevait hommes et bêtes. Les Delphiens délibéraient déjà pour savoir s’ils allaient s’expatrier et demandaient à l’oracle de leur dire dans quel pays ils devaient émigrer quand le dieu leur signifia qu’ils seraient délivrés du fléau si, au lieu de s’en aller, ils acceptaient d’exposer auprès de la grotte un jeune homme choisi dans une famille de la cité. Les Delphiens firent comme le dieu leur avait dit. Le tirage au sort désigna Alcyoneus, fils de Diomos et de Méganeiré. Son père n’avait pas d’autre enfant que lui et il était beau autant par son caractère que par son physique. Les prêtres le couronnèrent et l’emmenèrent en procession à la grotte de Sybaris. Eurybatos, fils d’Euphemos, de la race du fleuve Axios, un jeune homme vaillant était parti, à l’instigation divine, du pays de Courètes et croisa la troupe qui emmenait l’enfant. Saisi d’amour pour Alcyoneus, il demanda aux Delphiens le motif de cette procession et se révolta à l’idée de ne pouvoir défendre le jeune homme dans la mesure de ses forces, mais de le laisser périr d’une mort lamentable. Il arracha donc à Alcyoneus ses couronnes, les mit sur sa propre tête et il invita les prêtres à l’emmener à la place de l’enfant. Quand les prêtres l’eurent conduit auprès de la grotte, il y courut, arracha Sybaris de son gîte, la traîna au grand jour et la précipita du haut des rochers. En tombant, Sybaris se cogna la tête près des contreforts de Crisa. Elle mourut de sa blessure et disparut. De la roche où elle s’écrasa jaillit une source que les gens du pays appellent Sybaris. C’est du nom de cette source que les Locriens appelèrent la ville qu’ils fondèrent en Italie.”


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Plan du chapitre :

I - 2.01 Introduction
I - 2.02 Des rois agricoles
I - 2.03 La paille et le grain
I - 2.04 Apollon, dieu Septime
I - 2.05 Le scandale de la mort programmée du roi
I - 2.06 Thésée, chef d’initiation ?
I - 2.07 De la stérilité à la “panspermie”
I - 2.08 L’énigme du monstre
I - 2.09 Souveraineté de la distinction
I - 2.10 Climatérique de la souveraineté
I - 2.11 La roue du temps et la mise hors course du vieux roi
I - 2.12 Pourquoi “le sang de la circoncision emporte la vie des rois”
I - 2.13 Quand régicide et initiation sont un



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