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Copyleft : Bernard CHAMPION
1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...” : 1
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
5- L“Âme du Mil”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue : les deux natures
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3
présentation

anthropologieenligne.com : unité de l’homme et diversité des cultures


fiche pédagogique n° 13

Les calendriers

"L’espèce des animaux pédestres et des bêtes sauvages
est issue des hommes qui ne prêtent aucune attention à la philosophie
et n’ont pas d’yeux pour observer la nature du ciel."

Platon (Timée, 91e)


Cette fiche pédagogique vise à préciser quelques données présentées dans le chapitre 2 touchant l'évaluation de la régularité et ses modèles astronomiques.

La mesure du monde

La première partie du dossier est constituée par le chapitre 18.2 : "La mesure du monde : Ératosthène et Ptolémée" qui expose l'apport de la science grecque à la connaissance astronomique.

Les calendriers

En présentation du dossier de la royauté sacrée nous avons précédemment commenté l'étymologie populaire du pictogramme chinois wang (roi) :

selon laquelle le roi est ce personnage qui met en correspondance et en harmonie la sphère céleste, la terre et la société des hommes (trois traits horizontaux reliés par un trait vertical). Car c'est la station droite (et la considération du ciel qu'elle permet) qui spécifie l'homme parmi les créatures, comme le note le poète latin Ovide, cité en 2.1 : “Tandis que les autres animaux, penchés vers le sol, n'ont d'yeux que pour celui-ci, à l'homme le Créateur a donné un visage tourné vers le ciel, offrant à son regard la contemplation des astres.” - Métamorphoses, I, v. 84-86) et c'est cette qualification spécifique qu'est supposé détenir le roi sacré. Le roi est un médium.

Les sociétés humaines ont recherché des modèles juridiques (des modèles d'ordre et des règles) dans la régularité des astres. L'hémérologie, l'art de faire des calendriers, est portée par plusieurs soucis (qui finiront par se séparer) :
• - l'observation des régularités astronomiques et leur traduction comptable ;
• - l'observation des régularités astronomiques et leurs conséquences sur la vie pratique (principalement sur les activités agricoles) ;
•  ainsi que par l'interprétation anthropocentrique de ces régularités (qui définit l'astrologie).

L'image familière du calendrier, objet de carton que l'on suspend au mur ou que l'on utilise comme sous-main, tableau en petits caractères de l'agenda de poche, associe :
• la certitude mécanique de la régularité des jours et du retour des saisons, qui supporte à la fois la conscience de l'implacabilité du cours du temps et celle du secours de cette régularité
et
• l'incertitude d'un temps subjectif ouvert à l'interprétation ("Le pauvre monde curieux de sçavoir choses nouvelles" dit Rabelais).
Dans le calendrier, le civil et le religieux se confondent. Dénombrement des jours, ménologe, martyrologe, fêtes religieuses, fêtes nationales, anniversaires privés, signes... l'observation des régularités célestes est travaillée par le souci de la prévision et par l'aventure de la prédiction. Par le calendrier, l'homme relie la terre au cosmos : "En tant que mortel, je sais que je suis né un jour, mais quand mon regard suit la course circulaire des étoiles innombrables, mes pieds ne touchent plus terre. J'implore Zeus de me régaler d'ambroisie, la nourriture des dieux." (Ptolémée, dans l'Almageste)


L'horloge galactique

C'est la périodicité des jours et des nuits, puis des phases de la lune, qui ont fourni à l'homme les premiers dispositifs à mesurer le temps, le premier chronomètre, si l'on appelle chronomètre toute méthode permettant de s'élever, à partir de l'idée confuse du temps psychique à une représentation quantifiée appuyée sur l'observation de régularités naturelles (voir : Penser la régularité : La forme et le temps dans la société traditionnelle, notamment la conception augustinienne pour une représentation du temps psychique : “Qu'est-ce que en effet que le temps ? Qui saurait en donner avec aisance et brièveté une explication ? ... Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu'un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus.” Confessions, XI, 14, 17) Le cadran solaire, comme le gnomon, sont des images, des expressions mesurables du mouvement apparent du soleil. Au terme actuel de cette histoire, l'horloge des astronomes n'est autre que l'ensemble du système solaire, l'unité de compte étant le jour sidéral (durée que met une planète pour faire un tour sur son axe, indépendamment de sa course). La loi de l'attraction universelle, en unifiant les lois de Kepler et celles de Galilée (sur la chute des corps) a permis de comprendre la pesanteur comme un cas particulier d'une loi universelle et de penser la gravité en harmonie avec le mouvement des sphères. Le système du monde se déduit de quelque principes simples. La Mécanique céleste de Laplace, qui décrit et prévoit les positions relatives des astres, peut ainsi être considérée comme une théorie exhaustive du temps, justiciable des lois de l'attraction et de la mécanique – aujourd'hui englobée par la Relativité qui, en associant la gravitation et la lumière dans une conception générale du monde, fait du temps une quatrième dimension de l'espace. (Rapporté à la vitesse de la lumière, tout intervalle de temps peut être mesuré en unité de longueur, sa valeur spatiale étant égale à la longueur parcourue par la lumière dans cet intervalle de temps.) Maintenant que les instruments de mesure (temps des horloges atomiques) ont égalé la précision astronomique, c'est, à l'inverse, la régularité des horloges humaines qui doit être mise en conformité avec l'irrégularité du mouvement des planètes. Une seconde intercalaire devra ainsi être ajoutée à l'an 2008 pour ajuster le temps des hommes à l'irrégularité de la rotation de la terre. (Depuis 1972, date de l'établissement du temps légal international, 23 secondes ont ainsi été ajoutées au "temps atomique".)


L'almanach

Le terme désigne, depuis le Moyen Âge, des tables présentées sous forme de livrets où les données astronomiques (accompagnées d'informations pratiques : dates des marchés et des foires, conseils pour l'agriculture, remèdes et proverbes, etc.) étaient corrélées à des tables astrologiques. Littré fait remonter le mot à Eusèbe (Praep. ev . III , 92, D) sous sa forme grecque et fait référence à une étymologie égyptienne : "en copte, al signifie calcul , et men, mémoire, d'où l'on a pu faire le mot composé almeneg, calcul pour la mémoire". Compter et anticiper, certes. Mais la parodie de Rabelais, dans sa Pantagrueline Prognostication (Pantagrueline prognostication Certaine, veritable & infaillible pour l'an perpetuelle. Nouvellement composée au prouffit & advisement de gens estourdis & musars de nature, Par maistre Alcofribas, architriclin dudict Pantagruel) visant à désabuser le "pauvre monde", montre que le succès des almanachs tenait aussi aux prévisions astrologiques qu'ils contenaient.
"Considerant infiniz abus estre perpetrez à cause d'un tas de Prognostications de Louvain faictes à l'ombre d'un verre de vin, ie vous en ay presentement calculé une la plus sceure & veritable que feut oncques veue, comme l'experience vous le demonstrera. Car sans doubte veu que dict le Prophete Royal, Psal. v. à Dieu « Tu destruyras tous ceulx qui disent mensonges », ce n'est legier peché de mentir à son escient & abuser le pauvre monde curieux de sçavoir choses nouvelles."

"Ceste année, prédit la Pantagrueline Prognostication (chapitre III), les aveugles ne verront que bien peu, les sourdz oyront assez mal, les muetz ne parleront guieres, les riches se porteront un peu mieulx que les pouvres, et les sains mieulx que les malades. Plusieurs moutons, beufz, pourceaulx, oysons, pouletz et canars mourront, et ne sera si cruelle mortalité entre les cinges et dromadaires. Vieillesse sera incurable ceste année à cause des années passées. Ceulx qui seront pleuréticques auront grant mal au cousté. Ceulx qui auront flus de ventre iront souvent à la celle percée. Les catharres descendront ceste année du cerveau ès membres inférieurs."

["Cette année, les aveugles ne verront que bien peu, les sourds entendront assez mal, les muets ne parleront guère, les riches se porteront un peu mieux que les pauvres, et les gens en bonne santé mieux que les malades. Plusieurs moutons, bœufs, pourceaux, oisons, poulets et canards mourront, mais une si cruelle mortalité ne sévira pas parmi les singes et les dromadaires. Vieillesse sera incurable cette année à cause des années passées. Ceux qui seront pleurétiques auront grand mal au côté. Ceux qui auront un flux de ventre iront souvent à la selle percée. Les catarrhes descendront cette année du cerveau jusqu’aux membres inférieurs."]



François Rabelais, Pantagrueline Prognostication, 1535

On raconte que l'Académie de Berlin, qui tirait, au XVIIIe siècle sa principale ressource de la vente d'un almanach où figuraient des prédictions faites au hasard, décida de remplacer ces prophéties par des informations d'intérêt général. Il fallut revenir à l'ancienne formule – et au profit tiré de la crédulité du "pauvre monde" – pour assurer la survie de la société savante...


Sign of the times: Astrology story soars like a comet
Article by: Staff and wire reports , Star Tribune Updated: January 14, 2011 - 10:22 PM
YOUR REAL HOROSCOPE
Astrology buffs who follow the stars should be using these dates, reflecting where the stars currently are aligned (note: the days overlap because the periods don't begin and end at midnight): Capricorn: Jan. 20-Feb. 16. Aquarius: Feb. 16-March 11. Pisces: March 11-April 18. Aries: April 18-May 13. Taurus: May 13-June 21. Gemini: June 21-July 20. Cancer: July 20-Aug. 10. Leo: Aug. 10-Sept. 16. Virgo: Sept. 16-Oct. 30. Libra: Oct. 30-Nov. 23. Scorpio: Nov. 23-29. Ophiuchus:* Nov. 29-Dec. 17. Sagittarius: Dec. 17-Jan. 20.
* Discarded by the Babylonians because they wanted 12 signs per year.
Source: Livescience.com

Sofia Whitcombe began her day with the startling realization that she might not be exactly who she thought she was.
“My whole life, I thought I was a Capricorn,” the 25-year-old New York publicist said. “Now I'm a Sagittarius? I don't feel like a Sagittarius!”
Countless people were astonished by the “news” in Monday's Star Tribune in which Minneapolis astronomy instructor Parke Kunkle affirmed that the Earth's “wobble” has shifted the zodiac signs. The buzz has raced across the Web like a shooting star.
Some people seemed angry. “I believe it's a zodiac scam,” said Jose Arce, 38, from Fort Lee, N.J., who runs a body shop. “I've known myself to be a Sagittarius, I believe, since I was born. So to come up now with some new sign? It's unacceptable!”
Others who took to the blogosphere to gnash and wail displayed a mix of:
Defiance: “Dude, I'm a Leo and always will be a Leo, no matter where the sun is on August 5th. Besides, this very expensive _tattoo on my right shoulder tells me so.”
Consternation: “Darn it, the whole time I thought I was an introvert, now to find out that I'm an extrovert. I'm going to need awhile to unravel my life.”
Delight: “Upgrade from Cancer to Gemini. Woo!”
No matter that Kunkle, who started it all, said it was an old story - 2,000 years old, actually - and that astrologers were insisting it wouldn't change a thing. _
Cosmic rumble
Surely Kunkle's horoscope for this week was something along the lines of “you will be a center of attention.”
“It's been unreal,” he said Friday afternoon, estimating that he has received more than 100 media requests from as far away as Germany. “I have had messages upon messages.”
In the article, Kunkle affirmed that since the Babylonian zodiac periods were established millennia ago, the moon's gravitational pull has made the Earth “wobble” around its axis in a process called precession. That has created about a one-month bump in the stars' alignment, meaning that “when [astrologers] say that the sun is in _Pisces, it's really not in Pisces,” said Kunkle, who teaches astronomy courses at Minneapolis Community and Technical College.
Astrologers across the country reported a wave of calls, e-mails or website hits from concerned clients. “People are more attached and loyal to their signs than they thought,” said Eric Francis, editor of PlanetWaves.net, who said he had had 25,000 hits on his site since midnight. “It's interesting how many people are panicking their sign is wrong.”
New news or old, most people had never heard it before. And one of the more fascinating elements was talk of a new sign altogether.
By the reckoning of Kunkle and other astronomers, astrologers are not only a month off in their zodiac signs, but they are neglecting a 13th constellation, Ophiuchus (Ooh-FEE-yew-kus) the Serpent Bearer, for those born from Nov. 30 to Dec. 17.
According to myth, Ophiuchus became a healer when he killed a snake and another appeared with an herb in his mouth that revived the dead one.
“The sun has been going through Ophiuchus for thousands of years,” said Kunkle, who says that his sign is “vegetarian.”
Linda Zlotnick, an astrologer for 32 years in St. Paul, said she and fellow astrologers have long known of the issue raised by Kunkle, but that the most commonly used zodiac - tropical - isn't affected by it. Zlotnick, also known as “Moonrabbit,” said the _sidereal zodiac, which isn't as widely used, IS based on the constellations.
Other astrologers expressed resentment that the brouhaha had been launched by an astronomer.
Francis, who is based in New York, said he's weary of the endless skirmish between astronomy and astrology.
“When astronomers make fun of us, they're making fun of the human suffering that leads people to seek answers,” he said. “People do get comfort and wisdom from astrology - and science gives us Prozac.”
A spokeswoman for the American Federation of Astrologers, Shelley Ackerman, said she'd been swamped with e-mails from worried clients. She advises them not to overreact.
“This doesn't change your chart at all. I'm not about to use it,” she said. “Every few years, a story like this comes out and scares the living daylights out of everyone, but it'll go away as quickly as it came.”
That should make one demographic happy - people with zodiac tattoos.
Sam Bielinski, who owns Atomic Tattoos in Milwaukee, estimated that one in five customers asks for a zodiac tattoo. “I think most people are going to brush it off,” he said of the new zodiac.
Kunkle, meanwhile, is ready to brush off the whole brouhaha.
“This has been,” he said, “an exhausting hoot.”
Staff writer Bill Ward and the Associated Press contributed to this report


Au plan pratique, de concert avec les prophéties et les vaticinations, les almanachs mentionnent couramment, avec les tables journalières, les heures des levers et couchers du soleil, les phases de la lune, la hauteur des marées, des données météorologiques et agronomiques... soit des informations reposant sur des observations susceptibles de fonder des prévisions fiables. À la charnière de l'année, l'almanach est le témoin de la nécessité apprise et le révélateur de l'irrépressible espérance de maîtrise du cours des choses.
Homo calculans. L'origine latine du mot calendrier renvoie à une préoccupation en effet, calculatrice : les calendes étaient à Rome le premier jour du mois, date à laquelle étaient dus (calo : j'appelle) les intérêts des prêts.
Les calendriers reflètent évidemment des préoccupations terrestres et ordonnent notamment les relations des hommes avec les dieux. Le calendrier romain divisait les jours en fasti, jours profanes et festi, jours sacrés. Ces derniers faisant l'objet d'interdits et de prescriptions spécifiques (nefas).
Les calendriers ont pour vocation d'imprimer la régularité des astres aux irrégularités du "monde sublunaire".

La relativité du comput du temps :

• Il ne s'est rien passé entre le jeudi 4 octobre 1582 au soir et le vendredi 15 octobre 1582 au matin, tout simplement parce que ces jours n'ont pas existé (ont été retirés) dans le calendrier. Le lendemain du jeudi 4 octobre fut le vendredi 15 octobre.


30 décembre 2011
Aux Samoa, ce vendredi 30 décembre n’a pas existé

Les habitants des îles Samoa n'ont pas connu cette journée du vendredi 30 décembre, qui a été officiellement supprimée cette année.
Cet archipel du Pacifique, situé à proximité de la ligne internationale de changement de jour, a décidé d'enjamber la ligne de démarcation arbitraire qui sépare la partie du globe vivant, disons, un vendredi, de l'autre qui est déjà passée au samedi. Les 180 000 Samoans ont ainsi dû avancer leurs montres… de vingt-quatre heures, se calquant sur les horaires en vigueur en Australie et en Nouvelle-Zélande (à l'ouest) plutôt que sur ceux des Etats-Unis (à l'est). La ligne internationale du changement de jour effectue des zig-zags à travers l'océan Pacifique et suit cahin-caha le 180e méridien.
D'après le premier ministre Tuilaepa Sailele Malielegaoi, cette décision devrait permettre à l'archipel de commercer plus facilement avec ses voisins. "Désormais, nous n'aurons plus des gens nous téléphonant de Nouvelle-Zélande ou d'Australie lundi alors que nous sommes les yeux fermés en train de prier à l'église. Et nous ne les appellerons plus le vendredi, alors qu'ils sont eux en week-end", a déclaré le chef du gouvernement samoan à Radio Nouvelle-Zélande. Des cloches des églises retentiront dans l'île pour annoncer le changement de jour.

Pour s'attirer les bonnes grâces de la population, le gouvernement a demandé aux employeurs de payer tout de même les travailleurs le vendredi 30 décembre 2011, même s'il n'a pas existé. A l'inverse, les banques ne sont pas autorisées à percevoir des intérêts pour ce "lost day" (jour perdu).
Les pays du Pacifique peuvent choisir si la ligne de changement de date passe à leur est ou à leur ouest. Les Etats décident par ailleurs eux-mêmes de la manière dont ils régissent les fuseaux horaires. Aussi l'immense Chine n'en compte qu'un seul : toute l'année il est strictement la même heure à Lhassa et à Shanghaï.
Les îles Samoa, essentiellement connues en France pour le talent de leurs imposants rugbymen qui font les beaux jours du Top 14, multiplient ces dernières années les changements. En 2009, le gouvernement a décidé d'opter pour la conduite à droite, comme en Australie et en Nouvelle-Zélande. L'archipel des Tokelau, sous dépendance néo-zélandaise, qui a son administration à Apia, change également de jour. En revanche, les Samoa américaines, toutes proches des Samoa, demeurent fidèles à leur fuseau horaire et restent un jour en arrière.


Les calendriers sont conventionnels. Ceci se manifeste notamment par la date choisie comme origine :
• L'ère julienne commence le 1 janvier 4713 avant J.-C. (calendrier julien).
• L'ère judaïque commence le 7 octobre ~3760 (équivalent julien).
• L'ère de Dioclétien commence le 29 août 284 (équivalent julien), origine du calendrier copte (toujours en usage dans la communauté copte d'Egypte).
• L'Hégire commence le vendredi 16 juillet 622 (équivalent julien).
• L'ère républicaine (calendrier révolutionnaire) commence le 22 septembre 1792 (et finit le 1er janvier 1806).

Le jour du premier janvier de l'an 2000, dont le lever et la célébration ont fait médiatiquement, d'Est en Ouest, le tour de la planète, fut un jour banal dans les autres calendriers (le 23 tébeth 5760 du calendrier juif ; le 24 ramadan 1420 de l'Hégire ; le 11 nivôse 208 du calendrier républicain, etc.)

Les calendriers sont conventionnels, mais ils formalisent des unités naturelles. C'est le mouvement de rotation quotidien de la terre sur elle-même qui définit le jour et la nuit, c'est le mouvement de rotation annuel de la terre autour du soleil qui définit l'année tropique. Construire un calendrier, c'est découper le flux continu du temps en unités discrètes. C'est, en pratique, étudier les phénomènes astronomiques (mouvements de la lune, du soleil, des étoiles) et s'approcher au plus près des régularités astronomiques en faisant usage d'un nombre entier de jours.

Les unités naturelles de temps

Le jour
La lumière du jour, qui s'impose à tous, hommes, animaux, végétaux ainsi que la succession des jours rythment la vie sur la terre. (Tous les êtres sont-ils dotés d'une horloge – ex. mimosa pudica ? mélatonine, rythme circadien...) Le nycthémère, englobant un jour et une nuit consécutifs, constitue, de fait, l'unité de compte naturelle des calendriers. Les Anciens concevaient les ténèbres comme une entité objective, de même que la lumière, certes associée au soleil, l'"œil du jour" dit-on en plusieurs langues, mais dont l'alternance avec la nuit n'a probablement été comprise qu'avec la représentation du mécanisme des éclipses. La succession des jours est liée à la rotation de la terre sur elle-même. C'est cette rotation qui explique les phénomènes apparents que sont le lever et le coucher des astres ou la rotation de la voûte céleste autour du pôle. Cette rotation étant (presque) uniforme, elle constitue la base du "temps universel" qui, conventionnellement, est le temps civil de Greenwich. Le jour est donc cette période d'environ 24 heures correspondant à l'alternance jour/nuit. Le mouvement de rotation de la terre autour du soleil n'est pas constant : la durée des jours (ensemble jour + nuit) varie au cours de l'année. Le jour considéré est un jour moyen.

Le mois
Après l'alternance du jour et de la nuit, la régularité des lunaisons constitue un compteur de temps naturel. De surcroît, ce compteur est affecté de subdivisions régulières, du croissant de la lune naissante à la pleine lune, puis de la pleine lune au dernier quartier. Le mot lune a parfois même racine que "mesurer". En grec, le même terme désigne la lune et le mois (en sanscrit mâsa : mois, de mâs : la lune). Néoménia signifie nouvelle lune ou premier jour du mois.
Plusieurs langues ont conservé cette identité, quoi qu'il en soit de la longueur du mois. La notion élémentaire du mois correspond à l'observation des cycles de la lune (cataménial signifie chaque lune). Sous sa forme primitive un mois correspond à une lunaison. L'alternance de mois de vingt-neuf et de mois de trente jour donne une approximation qui a souvent été utilisée par les calendriers anciens. Les mois que nous connaissons ne correspondent évidemment plus aux phases de la lune.

La lunaison
La lunaison est la durée de la révolution synodique soit le temps compris entre deux nouvelles lunes consécutives. La lune tourne autour de la terre en 28 jours. La différence entre les révolutions sidérales et synodiques correspond à la vitesse relative de la Lune de 12.2° par rapport au Soleil : la lune prend chaque jour 50 minutes de retard sur la ligne terre-soleil (la terre se déplace en même temps autour du soleil pendant que son satellite effectue son orbite).  
(révolution sidérale = 27 jours 7h 43 min ; révolution synodique : 29 jours 12h 44 min). La valeur moyenne d'une lunaison est de 29 jours 1/2. En réalité, la durée du mois varie de 29 jours 6 heures à 29 jours 20 heures environ. Le mois lunaire vaut, en moyenne 29 jours 12 heures 44 minutes 2,8 secondes.

Ces marques inscrites sur une plaque d'os trouvée dans l'abri Blanchard (Dordogne) datant de l'Aurignacien moyen (~30 000) sont interprétées par Alexander Marshack (voir : Notation dans les gravures du paléolithique supérieur, 1970, 23 et s. pour le détail) comme un système de notation d'un mois lunaire. Les périodes d'invisibilité de la lune tombent à l'extrême droite de la figure serpentine que compose l'ensemble des marques, les périodes de pleine lune à l'extrême gauche, et les quartiers de lune au milieu.

L'année
L'année (annus : anneau), est le cercle du temps. Le ciel impose à la vie terrestre un rythme dont le cours se traduit par la variation des cycles saisonniers de la végétation et par les modifications climatiques (moindres au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'équateur). Mais cette périodicité est assez difficile à mesurer de manière précise. Plusieurs considérations peuvent concourir à cette mesure.
- L'observation du ciel nocturne, avec le déplacement des constellations visibles au début de la nuit, offre une corrélation avec le cycle des saisons.
- Il est aussi patent que la course du soleil reste très basse sur l'horizon en hiver, tandis qu'en été elle progresse vers le zénith et il est vraisemblable que le retour des ombres les plus courtes, mesurée par un gnomon a dû servir à marquer le début des années et à mesurer sa durée.
- Au cours de l'année, le soleil paraît se déplacer au travers des constellations du zodiaque (il s'agit, en réalité, du mouvement de la terre autour du soleil). Cette trajectoire apparente décrit l'écliptique. Sur ce cercle, le soleil franchit l'équateur céleste en passant de l'hémisphère sud à l'hémisphère nord, en un point dit équinoxe de printemps, ou point vernal. Le cycle de l'alternance des saisons est appelé année tropique ou année équinoxiale (d'un équinoxe de printemps au suivant). Une année vaut 365,24220 jours en moyenne, 365j 5h 48min 46s (365,242198 jours ou 12,368267 lunaisons).

Les rapports des trois unités de compte : jour, mois, année
Les durées en cause n'étant pas des multiples l'une de l'autre, il n'est pas possible de les accorder. Le recours aux années bissextiles, qui comptent 366 jours au lieu de 365, est l'illustration la plus connue de cette disparité. Sosigène, concepteur du calendrier julien, ajouta un jour tous les 4 ans entre le 24 et le 25 février (le sixième jour bis avant le premier mars soit : bis-sextus ; une année bissextile comprend deux fois le sixième jour avant le premier mars ). L'année julienne comptait 365,25 jours, au lieu des 365,2422 réels. Le calendrier grégorien, qui corrigea ce retard en supprimant dix jours, compte une année moyenne de 365,2425 jours (l'approximation engendrée étant de 3 jours en excès sur 10 000 ans).

Année lunaire, année solaire
L'année contient douze lunaisons plus 10,875 jours. Une année de douze lunaisons composée de six mois de vingt-neuf jours et six mois de trente jours forme ainsi une année avec un déficit de trente-trois jours environ au bout de trois ans. Le recours à un treizième mois tous les trois ans permet (imparfaitement) d'éviter le déplacement d'un mois donné dans le cycle des saisons. L'octaétéride (infra) permet un ajustement plus précis.

L'année et le jour.
L'année comporte 365 jours 1/4 environ. En adoptant la valeur entière trois cent soixante-cinq, il manque un jour en quatre ans. Si l'on n'y porte remède, l'accumulation séculaire des jours manquants fait dériver l'année des saisons au fil de ce calendrier imparfait : l'équinoxe de printemps quitte mars pour avril, puis tombe en mai, etc. Les effets sont plus lents mais de même nature que ceux du paragraphe précédent. Les Egyptiens ont connu et assumé pendant quatre mille ans cette incommodité (infra).

Le zodiaque
Les constellations d'une manière générale n'ont évidemment de réalité astronomique – pour ne rien dire de leur représentation zoomorphe ou humaine – que du point de vue de l'observateur terrestre. C'est une grossière erreur de parallaxe qui permet de représenter les étoiles qui les composent sur un même plan. Le phénomène de précession des équinoxes (comme une toupie en fin de course, l'axe de la terre décrit un cercle et revient à son point de départ tous les 26 000 ans environ) crée, de surcroît, un décalage tel que les projections du soleil sur les constellations ne correspondent plus au zodiaque originel (l'étoile Alpha de la Petite Ourse, l'actuelle "étoile polaire", ne l'était pas pour les Anciens). Les constellations retenues par les astrologues mésopotamiens pour composer le zodiaque (sans le Serpentaire, Pégase, le Chien, etc.) l'ont vraisemblablement été pour scander le déroulement des mois de l'année (voir infra).

Les calendriers anciens

Les documents écrits les plus anciens touchant le calendrier émanent des peuples de Mésopotamie, plusieurs millénaires avant notre ère. Ce calendrier est fondé sur les cycles de la lune et sur le cycle des saisons à la fois, ce qui impose des ajustements : des mois alternatifs de vingt-neuf et trente jours ainsi qu'un redoublement d'un mois tous les trois ans. L'année commence avec la nouvelle lune qui suit l'équinoxe de printemps. Le retard par rapport à l'année solaire est compensé par l'adjonction d'un mois supplémentaire. L'observation des constellations permet d'adapter les mois à l'année et c'est probablement ce qui explique la configuration du zodiaque des astrologues fondé sur douze constellations. Mais cet arrangement est nécessairement imparfait, les constellations du zodiaque, choisies en fonction de cette considération, étant de dimensions inégales. Le commencement des mois paraît donc avoir été corrélé empiriquement aux levers héliaques et décrété par les souverains. Un édit d'Hammourabi énonce : "Hammourabi, à son ministre Sin-Idinnam, dit ceci : l'année est hors de place. Fais enregistrer le prochain mois sous le nom de Ululu II (second mois de Ululu). Le paiement des impôts à Babylone, au lieu de se terminer le 25 Tasritu, devra s'achever le 25 Ululu". Le prélèvement de l'impôt étant lié à la récolte, c'est le cycle agricole qui commande. Ptolémée proposera une reconstitution de la chronologie chaldéenne remontant à l'an ~7406 (ère de Nabonassar).

Le calendrier égyptien

Le calendrier égyptien primitif consistait en douze mois égaux de trente jours groupé en trois décades, formant une année de trois cent soixante jours. Le calendrier vague (= variable) comportait trois cent soixante-cinq jours : les cinq jours complémentaires étant placés à la fin du douzième mois. L'année de 365 jours correspondait à la crue annuelle du Nil qui, à la fin du Ve millénaire coïncidait avec le lever héliaque de Sirius, le 1er Toth. La dérive liée à la précession des équinoxes a progressivement défait cette coïncidence – de nouveau observable mille quatre cent soixante et une années plus tard, puis en l'an ~1318 et enfin en l'an 139. L'année vague, trop courte, provoquait un glissement des mois sur les saisons équivalent à un jour tous les quatre ans dont Ptolémée III décréta l'ajout en ~238 (sixième jour épagomène). Géminus dans son Introduction aux phénomènes célestes (p. 42, infra) interprète cette dérive du calendrier égyptien comme étant intentionnelle :
Les Egyptiens ont une pratique toute contraire à celle des Grecs. Ils ne règlent pas les années sur le soleil, ni les mois non plus que les jours sur la lune. Mais ils suivent une règle toute particulière, parce qu'ils ne veulent pas que leurs sacrifices tombent toujours dans la même saison de l'année, mais qu'ils en parcourent tous les temps, de sorte que la même fête qui a été célébrée en été devienne successivement celle de l'hiver, de l'automne et du printemps."

Le calendrier grec

Le calendrier grec archaïque était lunaire avec des mois de trente jours, puis des mois alternativement de trente et vingt-neuf jours. (On attribue à Solon l'instauration de cette alternance de mois pleins et de mois caves.) Le mois est dépendant de la lune. Le premier jour du mois s'appelle neomenia, tandis la deuxième phase de la lune définit le milieu du mois : dichomenia. Le mois était divisé en décades, la troisième se comptait en fonction de la disparition de la lune, le décompte s'effectuant à l'envers.

Le calendrier lunaire est indépendant du calendrier solaire et le précède vraisemblablement, les phases de la lune constituant l'unité de compte la plus évidente. Les rites marqués par les phases et les révolutions synodiques de la lune, fondés sur les croyances associées à cet astre, coexistent avec les rites du calendrier agricole (dont l'importance a été rappelée dans les exposés sur l'institution politique dans la société traditionnelle). Ce dualisme (et complémentarité) s'unifie quand le compte des lunaisons coïncide avec le compte des années, soit au moment d'une "grande année". Voici ce que Censorin écrit de la "grande année" (de Die natali, chapitre XVIII) :

"Maintenant je parlerai des grandes années, dont la longueur est si diverse, soit dans les pratiques des peuples, soit dans les traditions des auteurs, que les uns font consister la grande année dans la réunion de deux années solaires, les autres dans le concours de plusieurs milliers d'années. Je vais chercher à expliquer ces différences. Plusieurs anciennes cités de la Grèce, ayant remarqué que, pendant l'année qu'emploie le soleil à accomplir sa révolution, il y avait quelquefois treize levers de la lune, et que cela arrivait une fois tous les deux ans, ont pensé qu'à l'année solaire répondaient douze mois lunaires et demi ; elles établirent donc leurs années civiles de manière à ce que, par une intercalation, les unes se composassent de douze mois et les autres de treize, appelant année solaire chacune d'elles prise isolément, et grande année la réunion de deux année solaires. Et cet espace de temps était appelé triétéride, parce que l'intercalation d'un mois avait lieu à chaque troisième année, bien que cette révolution n'embrassât que deux ans, et ne fût en réalité qu'une diétéride ; c'est ce qui fait que les mystères célébrés une fois tous les deux ans, en l'honneur de Bacchus, sont nommés triétériques par les poètes. Ayant plus tard reconnu leur erreur, les anciens ont doublé cet espace de temps, et établi la tétraétéride, qui, parce qu'elle revenait à chaque cinquième année, fut nommée pentaétéride. Cette formation de la grande année par la réunion de quatre années solaires parut plus commode ; car, l'année solaire se composant de trois cent soixante-cinq jours et un quart environ, cette fraction permettait d'ajouter, tous les quatre ans, un jour plein à la quatrième année. Voilà pourquoi, au retour de chaque quatrième année, on célèbre des jeux dans l'Élide en l'honneur de Jupiter Olympien, et à Rome, en l'honneur de Jupiter Capitolin. Ce temps, aussi, qui semblait ne répondre qu'au cours du soleil, et non à celui de la lune, fut encore doublé, et l'on établit l'octaétéride, qu'on appela ennéaétéride, parce qu'elle reparaissait à chaque neuvième année ; et cet espace de temps fut considéré, par presque toute la Grèce, comme la véritable grande année, parce qu'elle résulte d'un nombre d'années naturelles sans fraction, comme cela doit avoir lieu pour toute grande année. Celle-ci, en effet, se composait de quatre-vingt-dix-neuf mois pleins et huit années naturelles aussi sans fraction. L'institution de cette octaétéride est généralement attribuée à Eudoxe de Cnide ; mais c'est à Cléostrate de Ténédos qu'appartient, dit-on, l'honneur de l'avoir inventée. Ainsi ont fait Harpalus, Nautélès, Mnésistrate, et d'autres encore, parmi lesquels Dosithée, dont le travail a pour titre : l'Octaétéride d'Eudoxe. De là vient qu'en Grèce on célèbre, avec grande cérémonie, plusieurs fêtes religieuses après cette période de temps. A Delphes, aussi, les jeux qu'on appelle Pythiques étaient célébrés autrefois tous les huit ans." (voir le mécanisme en bronze d'Anticythère : chapitre 2.10.)
[soit, pour l'octaétéride : 99 lunaisons font 8 révolutions solaires]

La "grande année" est, on le voit, un compte de "spécialistes" et de prêtres. La vie quotidienne était en réalité régie par des observations stellaires, atmosphériques ou naturelles, telles qu'illustrées par l'"almanach" d'Hésiode. L'œuvre du poète paysan, Les Travaux et les Jours, montre en effet que ce sont les levers héliaques et les phénomènes naturels qui constituaient le guide de la vie pratique, commandant notamment la planification des "Travaux" (agricoles) en relation avec la révolution de la terre autour du soleil, tandis que l'énumération des "Jours" suit la lune, ordonnant les activités appropriées selon que la lune est croissante, décroissante ou pleine. Hésiode ne fait mention qu'une fois de l'"année civile" à propos du mois de Lénéon. L'"année" d'Hésiode est celle de l'agriculteur. Elle commence par les prémices :
"Au lever des Pléiades, [...] commencer la cueillette" (v. 384)
et se termine par les semailles :
"Et que le grain dans le sol suive son destin" (v. 617),
la taille de la vigne, "après soixante jours d'hiver" (v. 565), fin février, marquant le "printemps nouveau" (v. 569).
[On notera que, dans le monde "désenchanté" de l'agriculture moderne, c'est à la Saint-Michel, le 29 septembre, après la récolte, ou à la Saint-Martin, le 11 novembre, que les fermages sont généralement dus, cette période étant celle où prennent effet les baux ruraux...]



Les constellations nommées par Hésiode sont visibles sur cette carte du ciel d'hiver (latitude 35°), www.vcas.org.
De par sa position dans le ciel, à seulement 4 degrés de l'écliptique,
le groupe des Pléiades constitue un repère universellement utilisé pour marquer les saisons :

Voici la "loi des champs" (v. 388) selon Hésiode (évaluation chronologique rapportée au VIIIe siècle) :

mois ou période
vers
constellations remarquables / repères naturels
activité
mi-mai
v. 383
"au lever des Pléiades..."
"...commencez la cueillette" (ametou étym. amergo ?) prémices (?)
fin juin
v. 571
"l'escargot escalade les arbres", "fuyant devant les Pléiades" ('réapparition' des Pléiades)
"on aiguise les faucilles"
début juillet
v. 576-7
"c'est l'heure de faire vite, debout dès l'aube, et de rentrer votre récolte chez vous"
moisson
mi-juillet
v. 598
lever d'Orion
"on foule le blé sacré"
mi-juillet / août
v. 587
"Sirius déssèche les humains..." (587) il rend les femmes lascives (makhlotatai) et les hommes amorphes...
festins...
mi-septembre
v. 609-10
"quand Orion et Sirius auront atteint le milieu du ciel et que l'Aurore aux doigts de rose contemplera Arcturus..."
Orion et Sirius au milieu du ciel ;
lever héliaque d'Arcturus
on cueille le raisin et conditionne les grappes...
fin octobre
v. 448 s.
la grue "apporte le signal des semailles"
"son cri mord le cœur de l'homme qui n'a pas de bœuf..."
labourage et semailles
novembre
v. 615-17

v. 417-19

"quand les Pléiades, les Hyades et la Force d'Orion auront plongé, souviens-toi des semailles dont voici la saison"
"Sirius , au-dessus de la tête des hommes voués au trépas, chemine peu durant le jour et prolonge sa course nocturne"
"et que le grain sous le sol suive son destin."
les semailles faites, temps de la germination
coupe du bois
fin décembre
v. 479-564
"quand le soleil tourne..." (solstice)
trop tard pour labourer
décembre/ janvier
v. 504 s.
"va, méfie-toi de ce mois [Lénéon], c'est le plus dur de tous, le mois des tempêtes, dur aux brebis, dur aux humains"
froid,
"l'année achève son cours"
fin février
v. 565-67
Arcturus [...] monte, radieuse au milieu des ténèbres"
marquant le "printemps nouveau" (v. 569)
"l'hirondelle, au gémissement aigu, s'élance vers la lumière"
la taille de la vigne doit être achevée

Les Travaux et les Jours ("Les travaux des champs", v. 383-617)

Les modifications du calendrier à l'époque d'Aristophane (qui, en 414, brocarde l'astronome Méton, sous les traits d'un arpenteur obsessionnel, compris, avec le diseur d'oracles, le poète ou le marchand de décrets, au nombre des solliciteurs qui harcèlent la cité des Oiseaux - v. 992 s.) donnent matière aux doléances de la Lune et des dieux, rapportées par le chœur des Nuées :
"Elle [la Lune] nous dit qu'elle est courroucée que vous [les Athéniens] la traitiez indignement, elle qui vous rend service à tous [...] De sorte qu'elle se dit menacée par les dieux chaque fois qu'ils sont frustrés d'un repas et qu'ils rentrent chez eux sans avoir rencontré la fête conforme au compte des jours [...] Voilà pourquoi, cette année, Hyperbolos, désigné par le sort pour être hiéromnémon, fut ensuite par nous les dieux dépouillé de sa couronne. Il saura mieux, maintenant, que c'est d'après la Lune qu'il faut régler l'emploi de ses jours." (Nuées, 607 et s. pièce donnée pour les Grandes Dionysies de 423)
Le cycle de Méton, en vigueur de ~433 à ~331 repose sur l'observation que 235 lunaisons font 19 années solaires. C'est l'ennéadécaétéride, dont la formule, dit la tradition, gravée en lettres d'or, aurait été exposée sur un monument plublic.

Geminus dans son Introduction aux phénomènes célestes, expose ainsi le système luni-solaire des astronomes Grecs (traduction de l'abbé Nicolas B. Halma - 1819) :
"En effet, les anciens se proposaient de régler les mois sur la lune et les années sur le soleil. Car les trois sortes de sacrifices que les lois et les oracles prescrivaient étaient, suivant les coutumes de leurs pères, ceux qui devaient se faire de mois en mois, ceux qui étaient fixés à de certains jours, et ceux qui ne revenaient que chaque année. Tous les Grecs s'appliquèrent donc à faire accorder les années avec le soleil, et les jours et les mois avec la lune. On tâchait de faire accorder les années avec le soleil, pour faire aux Dieux, toujours dans les mêmes saisons de l'année, les sacrifices prescrits, de sorte que celui qui devait se faire au printemps se fit effectivement dans le printemps ; dans l'été celui de l'été ; et que les autres se fissent de même constamment dans les saisons où ils doivent respectivement tomber, car ils pensaient que ces sacrifices en étaient plus agréables aux dieux [...] Ainsi donc en suivant le soleil pour les années, et la lune pour les mois et pour les jours, les Grecs sont persuadés qu'ils se conforment aux institutions de leurs pères, parce qu'ainsi, en effet, de tous ces sacrifices faits aux Dieux, les mêmes arrivent toujours aux mêmes saisons de l'année.
(pp. 41-42)

Les solutions au problème du calendrier sont de deux types : elles consistent à privilégier soit le soleil, soit la lune. En climat tempéré, où l'opposition des saisons est marquée, les sociétés agricoles sont nécessairement attentives au cycle annuel. Le calendrier musulman et le calendrier juif sont lunaires (donc vagues) : le premier ignore le soleil et l'année (la "grande chaleur" évoquée par la racine du mot ramadan évoque, vraisemblablement, la période originelle de cette pratique). Le calendrier dont l'Occident fait usage est, lui, résolument solaire. Les mois qui le composent ne sont plus en relation avec les phases de la lune. La mise en coïncidence du calendrier lunaire et du calendrier solaire a pu constituer, pour des raisons pratiques, rationnelles et symboliques, un enjeu politique – au sens cosmologique que nous examinons dans ce chapitre.