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Copyleft : Bernard CHAMPION
1 Éléments d'Anthropologie du Droit
Avant-propos : Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire à la Sorbonne
Préface :
Norbert ROULAND Membre de l'Institut Universitaire de France

présentation avant-propos préface introduction plan
index analytique références table illustrations
1- Le souverain juge
2- “Pourquoi le sang de la circoncision...”
3- Dessin du dessein
4- “Authentique ! sans papier !”
5- L“Âme du Mil”
6- “Il faut se battre pour la constitution...”
7- Rire et démocratie
8- Sur l’innovation
9- La “culture des analgésiques” et l’individualisme
10- Du “mariage arrangé” à l’“amour-passion”
11- Du mythe au roman, de la Patrie à la Filisterie
12- La chimie du rire
13- Quelques données sur la prohibition de l’inceste
14- Morale et handicap
15- Le juge, de quel droit ?
16- Droit au sol et mythes d'autochtonie
17- Habiter, cohabiter : sur l’exemplarité
18- Le territoire de la langue
19- Enquête sur la forme humaine : 1
20- Enquête sur la forme humaine : 2
21- Enquête sur la forme humaine : 3

présentation
PROCHAINEMENT :
une présentation raisonnée des pages WEB
qui composent ce site
sous forme d’un ouvrage électronique téléchargeable
(350 Mo, 1719 pages au format A4)
voir SOMMAIRE

anthropologieenligne.com : unité de l’homme et diversité des cultures


Chapitre 18

Plan du chapitre :

A) Le territoire de la langue : les deux natures
Communication présentée au colloque international
Langues et droits, Université de Paris X-Nanterre, 22-23-24 octobre 1998.


B) La mesure du monde : Eratosthène et Ptolémée
Communication présentée à la “Journée de l’Antiquité”, Université de la Réunion, 27 avril 2005.

C) “Deux vérités ne peuvent être contraires" (Galilée) (en cours)

D) “Foi d'animal” : vérité du bestiaire dans la fable et le conte
Communication présentée aux “Journées de la Recherche” du CRLHOI, séance du 11 février 2006.


D)
“Foi d'animal !” :

Vérité du bestiaire dans la fable et le conte

IV - 18.4


Je voudrais profiter de cette journée de recherche de notre laboratoire pour rendre un modeste hommage à un auteur qui fut à la fois un écrivain et un biologiste réputé, Stephen Jay Gould, décédé récemment, et dont l'œuvre, sans équivalent, tente de réconcilier la science et les humanités. Ce sera une manière, pas trop décalée je l'espère, de traiter le sujet proposé : savoir ce qu'il entre d'imitation et de création dans la production littéraire. Je précise que je dois à Gabrielle Fois-Kaschel, alors que je lui exposais mon embarras à trouver matière pour cette journée, l'idée (et le risque) de cette communication.

Réconcilier la science et les humanités, c'est le thème explicite du dernier ouvrage de Gould : Le renard et le hérisson, mais on peut dire que la plupart de ses chroniques, réunies dans des ouvrages dont les titres annoncent la couleur :

Le pouce du panda, Quand les poules auront des dents, Le sourire du flamant rose, La foire aux dinosaures, Comme les huit doigts de la main…

travaillent, à leur manière, à cette réconciliation en démontrant qu'un matérialisme cultivé, je veux dire entretenu et informé, peut servir les valeurs de l'esprit plus fidèlement et plus efficacement, qu'un idéalisme béat.

Dans ses chroniques mensuelles (il en laisse 280, commencées en 1974) publiées dans une revue d'Histoire naturelle (Natural History, la revue du musée américain d'histoire naturelle), à la rubrique : “This view of life”, il savait parler de l'évolution des espèces en utilisant des exemples tirés de l'art, de la littérature... ou de la vie quotidienne. Il enseignait à Harvard et ses conférences publiques faisaient salle comble. Il a fait la page de couverture du magazine américain Newsweek en 1982 et en 1997 et, consécration suprême, on l'a vu apparaître dans le dessin animé Les Simpsons.

Son domaine scientifique est celui de la théorie de l'évolution à laquelle il a contribué en proposant en 1982 une hypothèse dite des équilibres ponctués, selon laquelle l'évolution progresserait par à-coups : de brusques bonds en avant (qui peuvent être provoqués par un changement climatique brutal, une catastrophe écologique, ou la chute d'une météorite) suivis de longues périodes de stagnation.

L'idée de ma communication est donc de montrer que l'approche du bestiaire et l'approche de la biologie, qui sont d'évidence contraires, peuvent se révéler complémentaires en manifestant deux modes d'accès au réel : celui de l'objectivité – de la distance au réel – qui gouverne la recherche scientifique et celui de l'émotion – de la participation au réel – qui soutient (pour partie) la démarche littéraire.

*

Voici un exemple tiré des bancs de l'école primaire qui va me permettre de préciser le cadre de cette discussion.

La cigale et la fourmi

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût , foi d'animal,
Intérêt et principal .»
La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»


Dans ses célèbres Souvenirs entomologiques, Jean-Henri Fabre (1823-1915) (c'est le découvreur, notamment, de l'action des phéromones, ces substances qui sont le support de la communication chimique dans le monde animal ; vide :
L'"effet McClintock" et effets apparentés : oscillateurs couplés, synchronisation, société...) relève les erreurs de La Fontaine concernant les mœurs de la cigale et celles de la fourmi. La cigale, en effet, ne dispose pour s'alimenter que d'un suçoir et n'a que faire “de mouche[s] ou de vermisseau[x]”. Il y a bien d'autres fantaisies dans la représentation que le Fabuliste nous propose de ce couple célèbre, note Fabre : la cigale meurt à la fin de l'été, et ne peut donc venir crier famine à la porte de la fourmi quand la “bise [est] venue ”. La fourmi, de son côté, qui dort en hiver dans sa fourmilière ne peut évidemment l'entendre. La fourmi est d'ailleurs carnivore et n'amasse pas de grain... La Fontaine, conclut Fabre, est un naturaliste plein de fantaisie, sans souci de la vérité [...]. Mais, concède-t-il, c'est un peintre animalier de grande valeur.

Les connaissances naturalistes de La Fontaine sont évidemment de nature symbolique. Elles relèvent davantage de la psychologie que l'homme prête aux animaux sur le mode de l'empathie que de l'observation longitudinale (comme on dit en éthologie). C'est l'agitation industrieuse de la fourmilière qui justifie le supposé sens de l'économie et de l'accumulation de la fourmi ; c'est le chant continu de la cigale qui justifie son insouciance supposée et son imprévoyance…

Dans cette perspective, les animaux sont le registre sur pied de nos émotions et de nos sentiments. Si le chameau nous paraît afficher un air hautain et dédaigneux, c'est parce qu'ayant le nez au-dessus du niveau de la ligne des yeux, il nous regarde “de haut”. Je rappelle au passage que le verbe “narguer” a le nez pour étymologie. Si l'agneau ou le chaton sont si “craquants”, c'est parce que, tout en rondeurs, leur pédomorphisme puise aux mêmes stimuli que ceux qui nous font fondre devant nos propres nourrissons, notamment par le volume disproportionné de la tête par rapport à celui du corps – qui justifie, par exemple, qu'à Madagascar on nomme l'enfant : beloha (grosse tête).

Pour faire un lien entre les deux approches, l'approche littéraire et l'approche scientifique, je vais prendre pour guide un jugement de Buffon qui, précisément, peut recevoir un sens à la fois en biologie et en littérature :

“Si l'animal n'existait pas, dit Buffon, l'homme serait encore plus énigmatique à lui-même.”

- Pour le théoricien de l'évolution (que n'était pas Buffon, je le rappelle), il est clair que l'homme est davantage compréhensible, dans son unicité, moins seul, si on le replace dans la continuité du vivant et sur l'arbre phylogénétique des primates.

- Pour l'honnête homme, il est clair aussi que la diversité des formes du vivant – dans lesquelles il se reconnaît, fût-ce sur le mode de la dénégation – constitue un compagnonnage (je ne parle pas seulement des animaux de compagnie) qui lui permet d'entretenir un dialogue concret et divers avec la nature. C'est dans ce dialogue que le bestiaire de la fable et du conte se situe. La royauté léonine ou la justice chattemite de La Fontaine, qui disent l'arbitraire du pouvoir ou la fausseté de la justice par bestiaire interposé ne s'épuisent pas, en effet, dans le devoir de réserve de l'écrivain pensionné qu'était La Fontaine – on connaît la remarque de La Bruyère : “Un homme né chrétien et Français se trouve contraint dans la satire, les grands sujets lui sont défendus”. D'évidence, le message de la fable emprunte à un très vieux fonds culturel, commun, ici, aux cultures indo-européennes, le grec Esope n'étant lui-même qu'un maillon dans cette transmission. Ce fonds exprime un âge fabuleux, le “temps que les bêtes parlaient” (La Fontaine, “Le lion amoureux”). Ce qu'elles font certes toujours, mais où les hommes comprenaient leur langage – ce qui n'est plus aujourd'hui accessible qu'aux scientifiques : vous connaissez le titre d'un ouvrage de Konrad Lorenz, prix Nobel : Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons. Au-delà de cette représentation convenue, le bestiaire s'inscrit dans cette tradition de familiarité émotionnelle avec le monde animal.


Esope conversant avec un renard
(Musée du Vatican)

L'essai qui donne son titre à l'ouvrage de Gould qui me sert de guide : Quand les poules auront des dents (le titre anglais est plus balancé : Hen's Teeth and Horse's Toes) est une réflexion sur l'atavisme. L'atavisme désigne dans le langage commun un caractère ou une prédisposition héréditairement transmis. Atavus, en latin, nomme l'arrière-arrière-arrière-grand-père. En biologie, l'atavisme qualifie un retour à des formes antérieures de l'évolution. Gould montre que les atavismes, que la littérature scientifique considère généralement comme de simples curiosités, délivrent un message sur la signification de l'évolution.

Les chevaux, comme vous le savez, marchent sur un doigt, mais ils n'ont pas perdu l'information génétique qui leur permet de produire des doigts latéraux, comme le montre ce dessin d'un cheval polydactyle publié à la fin du XIXe siècle. César, rapporte Suétone, montait un tel cheval qui ne souffrait aucun autre cavalier.


L'idée à retenir ici (sommairement résumée : j'invite, bien sûr, à lire ou à relire la chronique de Gould) est que les systèmes génétiques conservent des capacités latentes qui peuvent être activées par des changements minimes. Et que l'évolution, disposant d'un réservoir de potentialités pouvant être réactivées, procède par saut. Les dents des poules sont précisément de cette sorte.

La génétique prend donc la sagesse des nations en défaut. Celle-ci signifie en effet une impossibilité absolue - mon œil !– en excipant du proverbe : Oui, quand les poules auront des dents… On peut démontrer expérimentalement, en effet, que les poules gardent la possibilité de développer des dents. Ce qui, je vous rassure tout de suite, ne peut se produire qu'en laboratoire, comme le relate Gould, en fabriquant ce qu'on appelle des “chimères ”, résultant d'un mélange savant de tissus embryonnaires de poulet et de souris (cette branche de la biologie étant dénommée tératologie, littéralement : science des monstres). Il s'avère en effet que l'épithélium d'un embryon de poulet combiné à du mésenchyme (tissu de soutien dérivé du mésoderme) d'embryon de souris, issu de la région où se forme la première molaire, peut induire la production de dentine (d'une autre espèce)... Cette discussion et ces chimères peuvent paraître bien éloignées des préoccupations d'aujourd'hui. Il n'en est rien. Le conseil des ministres vient d'adopter il y a quelques jours, ce mercredi 8 février, un projet de loi favorable aux OGM, alors que les effets biologiques de ces introductions dans le milieu naturel sont encore largement inconnus. Certains de ces effets peuvent se comprendre par les données que je viens de rappeler : savoir que le matériel génétique conserve des capacités latentes susceptibles de se développer là où on les attend le moins. Un exemple parmi d'autres : un article publié en janvier de cette année dans l'European Food Research and Technology montre qu'un élément utilisé pour modifier une plante (le promoteur 35S CaMV) peut susciter l'expression de gènes dans des cellules humaines en culture. Officiellement, ce promoteur n'est supposé être actif que chez les plantes…

Il y a donc, en l'espèce, une contradiction entre la science et le fonds originel où puisent le conte et la fable. Les poules de la sagesse des nations comme la cigale du fabuliste sont, elles aussi, des chimères. Elles aussi font montre de vérité, mais leur vérité, à l'opposé des chimères expérimentales, est, dirais-je, embryologiquement pétrie d'humanité.

Si l'on voulait résumer ce qui fait la valeur littéraire des chroniques de Gould, on pourrait dire qu'il met son immense culture au service de l'histoire des sciences et qu'il fait œuvre non seulement de pédagogue mais aussi d'historien des sciences et de savant rigoureux en associant, ce que bien peu de scientifiques sont en mesure de faire, l'histoire des découvertes et des théories au contexte socio-historique de leur production.

Mais on peut conter la science avec talent. On n'écrit pas pour autant des contes...

C'est donc une autre question de savoir si l'on peut mettre la connaissance scientifique au service de la création littéraire, si, autrement dit, avec des informations scientifiquement avérées on peut créer des fables. On répondra, bien sûr, que c'est l'objet, précisément, de la science-fiction : une anticipation fondée sur des vérités scientifiques – le futur, je le rappellerai en conclusion, échappant à la vérité scientifique.

*

Je vais tenter d'illustrer la possibilité problématique d'une telle collaboration non pas par un exemple d'anticipation, mais par un exercice de rétrofiction, tout en marquant la nécessaire solution de continuité entre les deux démarches, celle du scientifique et celle du conteur.

J'ai donc trouvé sur la Toile un conte intitulé, justement, Quand les poules avaient des dents.
Le nom de l'auteur ne figure pas sur le site en cause dont voici l'adresse :
http://philantropiques.free.fr
l'adresse URL du conte étant :
http://philantropiques.free.fr/contesenligne.data/Composants/quandlespoules.html

Cette production anonyme relève vraisemblablement de ce qu'on pourrait appeler la littérature domestique : ce site est explicitement dédié à trois enfants qui sont vraisemblablement ceux de celui (ou celle) qui ne signe pas ses histoires. On sait que les parents, en général, mettent un point d'honneur à nourrir leur progéniture non seulement du meilleur lait mais aussi des mots les plus goûteux – ce qui ne suffit pas, bien entendu, à faire de la provende en question de la littérature.

Que nous dit ce conte (cette histoire que se présente comme telle) ?

Son titre : “Quand les poules avaient des dents” révèle son intention para-scientifique : une fable paléontologique.

On peut remarquer d'abord que son contenu scientifique apparaît pertinent puisqu'il développe une hypothèse qui est généralement admise aujourd'hui (mais ce consensus ne date que de quelques années) : l'idée que les dinosaures n'ont pas tous disparu, certains d'entre eux auraient donné naissance à la lignée des oiseaux. C'est d'ailleurs ce que vient de confirmer et de préciser un article paru dans un récent numéro de la revue Science (vol. 310, pp. 1483-1486, dec. 2005) interprétant l'empreinte, fine et complète, laissée par un archéoptéryx vieux de 150 millions d'années dans le calcaire de la région de Solnhofen. Cette empreinte a permis de connaître certaines caractéristiques de cet ancêtre des oiseaux qui conserve des traits propres aux théropodes. Ainsi, le pouce de la patte postérieure n'est pas retourné en arrière, comme chez les oiseaux actuels, particularité qui permet à ceux-ci de s'agripper aux branches. Le deuxième doigt de la patte postérieure est par ailleurs hyperextensible, héritage de certains dinosaures carnivores, qui utilisaient ce doigt en faucille pour frapper leurs proies. Enfin, l'archéoptéryx est bien est doté d'une denture…

Le conteur fait d'ailleurs explicitement référence à la notion que j'ai exposée tout à l'heure, l'existence de gènes non développés. Je noterai subsidiairement que plus de vingt ans après la production expérimentale des "dents de poulet" (de la formation de dentine de souris induite par le tissu externe d'un embryon de poulet) par E. J. Kollar et C. Fischer en 1980, on peut encore faire passer cette expérience pour une première. Citant le Progrès de Lyon, le quotidien Libération du mardi 03 juin 2003 rapporte ainsi qu'une équipe de biologie de l'Ecole normale supérieure de sciences de Lyon “vient de découvrir que les poulets pouvaient avoir des dents”. “Les gènes ont dû s'endormir... mais leur existence est toujours connue”, explique un scientifique cité par le journal… Où l'on voit un intérêt des chroniques de Gould, toujours soucieuses d'histoire. Souci qu'exprime M. Glickstein dans un manuel de neurosciences cognitives (Cognitive Neuroscience. The Biology of the Mind, M. S. Gazzaniga, R. B. Ivry, G. R. Mangun,1998) quand il note que la connaissance des sources historiques “préserve de l'obscénité d'individus de 35 ans bardés de cinq diplômes postdoctoraux, qui ont une connaissance brillante de la recherche des cinq dernières années, un peu plus floue de celle des cinq années précédentes et qui ne savent rien de la façon dont nous sommes arrivés à savoir tout ce que nous savons”… C'est le grand Newton qui disait : “Nous sommes de nains juchés sur les épaules de géants” [jugement dont il n'est pas l'auteur (on l'attribue à Bernard de Chartres au XIIe siècle) et qui peut s'interpréter de diverses manières].

Je cite donc ce conte qui vit discrètement sa vie dans le torrent de la bande passante du Web :

Les oiseaux, le saviez-vous ? sont les héritiers de dinosaures. Il existe d'ailleurs encore aujourd'hui, dans la famille des bucerotidæ - les oiseaux au gros bec comme le toucan et le calao - un volatile qui possède des gènes endormis correspondant à des dents de sauriens et à une longue queue à écailles. Si ces gènes se réveillaient, on pourrait se retrouver nez à nez, au coin du bois, avec ce gros bec aux dents de saurien, une queue de lézard et des griffes aux ailes (comme l'archæopteryx en avait). Et de fait, on peut rencontrer, dans la forêt amazonienne, une curieuse bestiole, l'hoazin, [Hoacín Opisthocomus hoazin, que l'on classe parmi les gallinacés] dont l'oisillon a les ailes munies de griffes (remplacées par de la corne quand il grandit), ce qui lui permet de grimper aux arbres en s'accrochant aux branches.


De surcroît, cette bestiole se sustente, comme les ruminants, de la cellulose des feuilles qu'elle ingurgite et qu'elle digère en restant de longues heures avachie sur son nid, quand tous les diurnes de la forêt sont au boulot. C'est peut-être le chaînon manquant de notre histoire. Tous les dinos n'ont donc pas disparu, les plus malins ont joué les filles de l'air... (Les oiseaux sont apparus au Jurassique, entre 147 et 150 millions d'années). On voit en effet d'évidence comment le dinosaure s'est dressé sur ses pattes et qu'il ne demandait qu'à décoller.

Les poules bien sûr, comme je l'ai rappelé tout à l'heure, n'ont jamais eu de dents, mais l'ancêtre des poules, oui. Ce que paraît savoir aussi, à sa manière, notre auteur quand il fait référence à l'Archæoptéryx (littéralement : aile archaïque). Je cite :

Autrefois, les poules faisaient mentir le proverbe : l'arrière-arrière-arrière-grand-mère des poules, avec son nom à coucher hors du poulailler, l'Archaeopteryx, découvert en 1861 en Bavière, là où les hommes ont des culottes de peau, dans des calcaires vieux de 150 millions d'années, avait des dents (comme le confirmera la découverte d'un crâne en 1877). C'était une sorte d'avatar de vélociraptor ou de sinosauroptéryx dont les écailles se sont transformées en plumes, les bras en ailes et qui était capable de voleter. […] La bestiole ayant des clavicules soudées (le wish-bone du poulet rôti qu'on mange en famille) on en conclut que l'archaeopteryx n'était plus un dinosaure malgré sa queue de lézard.

L'information est pour l'instant relativement correcte. A quel moment quitte-t-on la paléontologie pour entrer dans rétrofiction ? Qu'est-ce que la rétrofiction apporte que ne dit pas la paléontologie ? Pourquoi, autrement dit, écrire des contes à dormir debout quand la paléontologie se suffit a priori à elle-même ?

On a le sentiment que l'auteur de cette histoire (qu'il situe à la charnière de l'évolution des différentes formes du règne animal) souhaite, à la manière du fabuliste, et sous couvert d'information scientifique, délivrer une évaluation comparée des différentes modes de vie (ou des différentes valeurs) du règne animal, principalement des mammifères et des oiseaux. Ce qu'annonce le sous-titre de son histoire : Pourquoi les oiseaux trouvent les mammifères débectants… Les mammifères, vous l'avez compris, c'est-à-dire vous et moi…

Pour dramatiser cette confrontation, notre auteur prend donc quelque liberté avec la paléontologie.

Vous savez qu'à l'époque des dinosaures, les mammifères ne faisaient pas beaucoup parler d'eux. Ils s'efforçaient plutôt de passer inaperçus. L'ancêtre des mammifères (notre ancêtre) devait ressembler à une sorte de souris ou d'écureuil, plus noctambule que diurne d'ailleurs : la nuit, comme on sait, tous les chats sont gris. La rencontre historique en cause, celle des oiseaux et des mammifères, se réalise donc en la personne d'une poule pourvue de dents et tenant le haut du pavé et d'un renard, la queue basse et pourvu de dents de rongeur. L'envers, en quelque sorte, du rapport de forces d'aujourd'hui.

Je vous livre donc cette tranche d'histoire paléontologique qu'on ne trouve pas dans les manuels. Je cite :

Si les poules d'aujourd'hui ont laissé leurs dents au vestiaire de la paléontologie, c'est pour la raison que je vais vous dire. Donc l'arrière-arrière-arrière-grand-mère de la petite poule rousse, la poule rousse, avait des dents. Un jour qu'elle se promenait dans la nature à la recherche d'un bon civet, voilà qu'elle rencontre le renard. Enfin l'ancêtre du renard - qui lui n'avait pas plus de dents de renard que la poule n'en a aujourd'hui. Je vous le répète, autrefois, c'était pas comme maintenant, les animaux ne savaient pas trop sur quel patte danser, s'ils allaient faire leur vie avec les volatiles ou les mammifères, les vivipares ou les ovipares, les nidicoles ou les nidifuges, les terricoles, les cavernicoles ou les vedettes de musicole...

Elle était bien finie la grande époque des mastodontes jurassiques, ces ventripotentes usines à foin. C'était bientôt le tour des mammifères et des volatiles d'occuper le haut du pavé. En ce temps-là, le crétacé, dans les sédiments duquel on trouve les reptiles fossiles comme les atlantosaures, iguanodons et autres mégalausaures, les mammifères – c'est-à-dire ceux qui nourrissent leurs petits à la mamelle – ne faisaient guère parler d'eux. Avec leurs dents de rongeur, ils n'auraient pas fait peur à une mouche, ne se nourrissant que de graines et de racines. On comprend donc que l'ancêtre du renard, l'archæogoupilix, le renard de l'époque, dont je n'ai malheureusement pas trouvé de représentation dans les encyclopédies et qui ressemblait davantage à la musaraigne qu'au renard d'aujourd'hui, ait eu une peur bleue de la poule avec son bec pointu et ses dents tranchantes comme des lames. Il n'avait pas encore, lui, ces canines et ce sourire cheese qui fera la célébrité des vedettes de la Warner Bros.

Et la poule, elle, avec ses plumes en bataille qui commençaient à lui pousser sur le dos et sur les omoplates paraissait sortie d'un mauvais rêve ou d'un film d'épouvante. Elle avait surtout, cette crête qui faisait déjà toute la différence, comme la houppe de Tintin, le bicorne des polytechniciens, cette crête bien rouge et bien épaisse qui signale le bon coq et la bonne pondeuse, qui affiche le toupet, le cran, quoi...[…] Donc, sur le point de croiser celle-ci sur le sentier, notre goupil était en train de se demander s'il ne ferait pas mieux de rebrousser chemin. Mais, prenant son courage à deux pattes […] il décida de faire comme si de rien n'était et, ravalant sa salive, de passer comme s'il n'avait pas vu la poule.

- Holà ! maître Renard ! lui dit la poule d'un ton moqueur. On ne dit plus bonjour à sa cousine !

Celui-ci tout penaud, la queue basse (à cette époque, d'ailleurs, le renard avait une queue totalement dénuée de panache), répondit à la poule qu'il ne l'avait pas vue et qu'il ne pensait pas mériter l'honneur d'être considéré comme le cousin d'une telle cousine, mais que, si celle-ci lui décernait ce compliment, bien que convaincu de n'être qu'un vermisseau protozoaire auprès de Sa splendeur crêtée, il l'acceptait bien volontiers pour ne pas faire de tort à sa volonté...

- Comment ! répliqua celle-ci, feignant la colère afin de faire tourner le renard en bourrique […] espèce d'hypocrite ! Comment oses-tu dire que tu n'as pas vu le plus beau dinosaure de la création, celui qui est promis au destin le plus glorieux : finir en poule au pot chaque dimanche sur la table du paysan, et te comparer au plus gallican, au phénix des gallinacés ? Nous ne serons jamais cousins mon ami, fit-elle en se pinçant le bec ! Un abîme de civilisation nous sépare. Nous, les dinosaures, faisons des œufs, tout propres et tout ronds, sans bavure, tandis que vous autres, beurk ! les mammaliens, avec vos mamelles qui pendent et vos petits fabriqués à la cave, êtes vraiment répugnants, d'un autre monde, d'une autre religion ! Et puis, avec vos glandes, votre musc, vos fumées, vous sentez vraiment trop mauvais. Non ! Nous ne serons jamais cousins fit-elle, claquant du bec et des dents et faisant manœuvrer ses mâchoires avec cette bruxion caractéristique qu'ont les cannibales avant de passer à l'attaque.

Le pauvre renard aurait bien voulu être une encore plus petite souris pour se musser dans le premier trou venu. Mais il fallait bien faire face : quand on est dans la gueule du loup mieux vaut éviter la dent, se blottir entre les gencives ou se cacher sous la langue. On aurait entendu sauter une grenouille... tap-tap...

La poule, elle, jubilait vous pensez bien, de voir ainsi son futur proverbial ennemi à sa merci, l'orfraie des basses-cours, la terreur des poulaillers, l'Attila de la gent emplumée, à la portée de son bec armé de dents...

Ici le conteur va prendre ses aises et s'autoriser un écart encore plus grand avec la vérité scientifique. Il imagine donc qu'à cette époque, les dents des animaux étaient amovibles et inoxydables, “comme celles des grands-pères”, explique-t -il, et c'est ce qui va lui permettre, par un tour de passe-passe rétrofictionnel, de court-circuiter l'évolution, savoir : doter en un tour de main le renard de ses dents et la poule de son bec et de son gésier. Je cite :

Autrefois, vous le savez sans doute, dans cette incertitude quant à la suite de l'Histoire peut-être, les dents des animaux, au lieu d'être clouées à demeure dans les mandibules, étaient amovibles et inoxydables, comme celles des grands-pères. Et même les animaux les plus féroces, ceux qui dorment toujours avec leurs dents, comme on dit aujourd'hui, ne crachaient pas sur un petit quart d'heure de détente. Pour se reposer les maxillaires, ils retiraient leurs terribles quenottes et les posaient entre leurs pattes pendant une sieste bien méritée, la panse remplie après la chasse.

C'est donc ce que va faire la poule, amadouée par les propos flagorneurs (déjà !) du renard.

Je ne vous dirai pas par quel stratagème le renard, ayant lui aussi, comme la poule, retiré ses dents de rongeur, va réussir à s'emparer des dents de la poule, pour vous réserver ce qui me paraît être la morale de ce conte paléontologique.

Ce qu'enseigne cette histoire, en effet, c'est qu'en réalité la poule, dans sa sagesse, refusant de chausser les dents du renard que celui-ci lui avait laissé a refusé, pour les raisons qu'on va voir, d'embrasser le destin des mammifères. Je cite :

Une autre rumination (que je vous livre en privé) à cette croisée des chemins de l'évolution, avait nourri les réflexions de la poule et lui avait fait tordre le nez (ou faire la moue si vous préférez) sur les dents de rongeur que l'histoire lui laissait en consolation. Etait-il sage d'embrasser le destin des rongeurs ? Me voyez-vous, songeait-elle, avec un bec-de-lièvre ? Non, ce serait trop tarte. Mais c'est finalement parce que la poule a préféré garder ses œufs qu'elle n'a pas voulu des dents de rongeur du renard. Car il y a une relation entre le mode de ravitaillement et le mode de reproduction. Tout bien pesé, ces dents assassines que le renard allait, à son tour faire briller dans l'ombre pour terroriser la viande, elle estimait pouvoir s'en passer. Non, ce qui répugnait à la poule, c'était cette histoire qu'étaient en train d'inventer les mammifères - et dont on allait parler le soir dans les poulaillers avant de s'endormir - avec leur génération in vivo, le petit qui se met à remuer dans vos entrailles et qui ne vous lâchera plus d'une semelle jusqu'à l'expulsion. Avec les œufs, c'est beaucoup plus clean. Vous pondez à la fois le petit et son garde-manger.

Évidemment, là où le sable ne peut pas s'en charger il faut réchauffer les plats et ça vous retient à la maison. Mais on peut s'arranger. On fait des roulements, ou bien c'est le mari qui se tape les commissions. Ça n'a aucun rapport...

C'est donc, à sa manière, une réflexion sur l'évolution et sur le Dasein des mammifères que nous propose ce papa-conteur.

J'ai commencé par les phéromones, à l'action découverte par Fabre, je l'ai dit, je vais conclure avec le nez (bien que les phéronomes ne soient pas nécessairement volatiles). Si vous tapez “phéromones” sur un moteur de recherche, vous êtes dirigés vers des sites qui commercialisent des substances qui sont supposées attirer – si vous êtes en manque – le partenaire convoité. L'existence des phéromones chez l'homme est discutée. Elle n'est pas exclue, elle est probable, mais elle n'est pas non plus démontrée (vide supra :
chapitre 13.2 : Transmettre le patrimoine génétique, transmettre le patrimoine économique : paradoxes de la reproduction) sauf dans le domaine de la physiologie ovarienne (vide :
L'"effet McClintock" et effets apparentés : oscillateurs couplés, synchronisation, société...). J'ai sous les yeux une page Web intitulée : “Choix sexuel par l'odeur d'aisselle” (elle fait référence à une étude "sérieuse", je le précise, intitulée "Preference for Human Body Odors Is Influenced by Gender and Sexual Orientation", par Yolanda Martins, George Preti, Christina R. Crabtree, Tamar Runyan, Aldona A. Vainius,et Charles J. Wysocki, parue dans Psychological Science, 2005, vol. 16, n° 9) . Tout cela n'apparaît pas a priori très ragoûtant et peut-être partagerez-vous le jugement et le choix existentiel que va effectuer la poule du conte. (Quoi qu'il en soit des phéromones, nous savons bien, et sans l'avoir appris, que notre nez n'est pas étranger à nos préférences, comme le confirme une batterie d'expressions qui font appel à ce sens spécifique de l'intuition…) Je cite donc :

Il y a trois façons en effet de voir la vie, trois religions sous la couche d'ozone : celle des habitants de l'onde, qui confient leur génération à la belle eau ; celle des habitants de l'air qui, ne pouvant voler avec leur progéniture dans le ventre (excepté les chiroptères, ou chauve-souris), la déposent à la consigne dans des œufs tout propres et tous lisses, et celle des habitants de la terre qui, pendant de longs mois, fabriquent leurs petits jour après jour, cellule après cellule, tirant de leur corps la substance qui les nourrit, leur faisant passer par le placenta leurs angoisses et la sapidité des choses. C'est de ces rongeurs que naîtra, bien plus tard, la race des hommes et c'est précisément ce mode de gestation mammalien, cette symbiose, qui fera de l'homme, empilant le savoir d'une génération sur l'autre, au lieu de simplement le tenir au chaud, l'apprenti-sorcier de l'évolution. [(Remarquez en effet que les oiseaux n'ont pas produit, comme les mammifères, cet étonnante créature qui nourrit ses enfants pendant le tiers de son existence et qui continue à apprendre depuis la nuit des temps.)] Et de cela, la poule qui, dans sa sagesse animale avait, malgré sa courte vue, une vision téléoscopique de l'histoire, ne voulait pas être tenue pour responsable.

Et puis ce qui débectait vraiment la poule, vous l'avez noté, c'était l'odeur. Franchement, les mammifères, toujours à humer, soucer, prendre le vent, flairer, blairer... Toutes ces 4.300 espèces [estimation du XXe siècle] de renifleurs empestent vraiment trop. La gent emplumée a d'autres aspirations et des ambitions autrement plus éthérées. Ce n'est pas seulement dire qu'au lieu d'avoir toujours le nez traînant au raz du sol à la recherche d'effluves plus lourds que l'air, elle se laisse porter par le vent. L'air, c'est aussi la musique et le chant. Nous autres, se rengorgeait la poule, on ne marque pas son territoire de son musc, on ne laisse pas ses fumées sous soi, on emplit l'air, non pas de douteuses phéromones, mais de trilles, d'arias, de suaves mélodies, de gazouillis enchanteurs, de roucoulades, de sérénades qui font la vie belle à tous les animaux de la création. Imaginez la terre sans chants d'oiseaux. Ce serait la fin des temps, celle qu'annonce l'éclipse de soleil en plein midi. Réflexion faite, mieux vaut être dindon que prix Nobel...
Il faut un certain cran pour le dire, n'est-ce pas ?

Mais que sont devenues les dents de rongeur de l'ancêtre-renard, dont la poule n'a pas voulu ? Elles sont restées dans l'herbe, bien entendu, là où le renard s'était assis pour raconter sa salade à la poule. Elles ont pris racine et se sont transformées, je vous le donne en mille ! en “dents de lion”, vous savez cette plante dont je vous ai déjà parlé dans une précédente histoire et qui n'est autre que le pissenlit (dens taraxis leonis) dont la feuille est dentelée. (À propos, savez-vous comment on dit "pissentlit" en anglais ? Dandelion !
[comme en allemand, d'ailleurs, me fait remarquer Gabrielle : Löwenzahn.])

[…]

Et ça guérit quoi le pissenlit ? Justement, c'est rapport à la peur que le renard a éprouvée quand la poule l'a coincé au détour du chemin. Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris (comme dit le proverbe), notre ami renard dont la réputation de mauvaise odeur était déjà bien établie, lâcha, en guise de défense panique, comme font les petits chiens qu'on change de niche, un jet d'urine là où il allait poser ses dents de rongeur et celles-ci, abandonnées, se sont transformées en pied de pissenlit (ce n'est donc pas : dens taraxis leonis que le pissenlit devrait s'appeler mais bien : dens taraxis goupilis...). C'est pourquoi le pissenlit est, comme son nom l'indique, diurétique.

Cette histoire vaut bien un fromage sans doute...

*

Pour tirer une rapide conclusion de cette rapide comparaison, on voit immédiatement que ce qui distingue la liberté du conteur, c'est qu'il s'autorise, au nom de sa participation au monde animal, à interpoler les apparences et à porter des jugements : à se glisser dans la peau de la bête pour mieux dire la condition d'homme. Ce que, bien entendu, l'observateur dégrisé du monde animal, s'interdit. Les propositions de la science, disait Henri Poincaré, ne sont formulables qu'au présent. Elles ignorent, de même que l'inflexion du temps, celles de la personne. Elles ne sauraient être normatives ou gustatives. La sobriété du savant est celle du démiurge qui assemble les rouages de la nécessité. L'ivresse du conteur est celle du trickster qui mélange les ordres et les successions. Ces deux figures et ces deux états sont les deux mains de notre humanité, impérativement besogneuse et – d'aventure – artiste.

Je vous remercie pour votre aimable attention.


Plan du chapitre :

A) Le territoire de la langue : les deux natures
Communication présentée au colloque international Langues et droits, Université de Paris X-Nanterre, 22-23-24 octobre 1998.

B)
La mesure du monde : Eratosthène et Ptolémée
Communication présentée à la “Journée de l’Antiquité”, Université de la Réunion, 27 avril 2005.

C) “Deux vérités ne peuvent être contraires" (Galilée) (en cours)

D) “Foi d'animal” : vérité du bestiaire dans la fable et le conte
Communication présentée aux “Journées de la Recherche” du CRLHOI, séance du 11 février 2006.







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